du bas des escaliers
Il est aux alentours de minuit, je suis avec Antoine dans un bar de Mendrisio, au Tessin, qui abrite un festival de film d’animation. C’est un café restaurant de petite ville, à la fois propre et populaire. Il est apparemment tenu par deux femmes vieilles et épaisses, genre boulangères. Je monte à l’étage pour aller aux toilettes, et du coin de l’oeil je vois une femme qui passe la serpillière et qui me salue chaleureusement. Ma vision périphérique a reconnu une silhouette intéressante.
Elle travaille très assidûment. Elle a ce type italien que j’apprécie: très brune, vêtue élégamment d’un jupe noire, avec des belles jambes agrémentées de collants sombres. Je redescends un peu sous le charme. Peu après elle descend à son tour. Elle a de très belles jambes, ni fines ni en chair, elle est insensiblement voûtée, son beau visage manque presque de finesse. Elle donne une impression de simplicité rustique, vive, souriante et sans calcul. Elle semble constamment active, comme une cendrillon tessinoire. On sent en elle tout le contraire de la sophistication, mais son tempérament italien l’oblige à soigner son apparence (elle est typiquement le genre de femme qui pourrait être négligée dans un pays où l’on se soigne moins). Je ressens immédiatement du désir et de la tendresse pour elle, je ne la quitte pas des yeux. Elle est très active, elle sourit avec tant de simplicité. C’est une sorte de fée à l’état originel, elle semble n’être pas touchée par le monde de l’hypocrisie. Elle a la fraîcheur de l’enfance avec la fermeté de l’adulte. Pourrais-je faire quelque chose avec quelqu’un de si peu intellectuelle, qui ne semble être qu’amour simple, et qui vit à 05:30 de train de chez moi ?
J’y pense longtemps après.