Everyday Life Project

| 25.02.1999

la fuite d’un regard

Elle attendait son amie. Elle était plantée au milieu du chemin, assez neutre, fermée sans revendication, juste sans ressources. Son amie causait avec quelqu’un, à l’intérieur de la cour. L’endroit lui était difficile d’accès, il était impressionnant parce qu’il représentait une liberté dont elle imaginait qu’il lui faudrait la mériter. Son intimidation la murait dans un silence digne mais fuyant.
Je passais dans la cour, je la regardais et sa beauté me frappait. Je ne la saluais pas, je ne sais pas pourquoi : moi même à mon tour je n’osais pas, emprunté de sa gêne. Je passais.
Elle était grande et svelte, des cheveux châtain clair assez filiformes, partant en épis. Elle portait des pantalons à motif, des semelles compensées.
Elle se tenait vraiment là, à l’entrée de la cour, perdue à garder une contenance, n’osant pas faire le pas pour rejoindre son amie qui, une vingtaine de mètres plus loin, parlait avec décision à un ami à qui elle semblait avoir apporté je ne sais quel outil ou instrument. Je les rejoignais et admirais la grande beauté dynamique de la deuxième. Mais cette fille, toujours en attente figée un peu plus loin, avait retenu définitivement mon attention.
Une minute plus tard je sortais de la cour. Nous ne nous sommes rien dit: il eût fallu l’aborder contre elle-même. Lorsque je passais d’un air décidé, sans me regarder elle me laissa la place, toujours digne dans son angoisse. Ma douceur allait déjà vers elle, mais je partais.

J’y repense encore.

| 22.02.1999

psychologie du fantasme quotidien. La femme au pas rapide

Je l’ai vue passer de loin. Elle marchait vivement dans la rue.
Mon regard l’a accompagnée jusqu’à ce qu’elle ai vraiment disparu. Je ne l’ai vue que de dos. Je ne sais rien de son visage. Sa démarche était très vive, presque saccadée, elle semblait décidée, ou pressée. Sentiment de vitesse, d’action.
Il fait assez froid. Elle portait de très hautes bottes (bottines) noires, une petite jupe noire, des bas noirs dévoilant des cuisses d’une très grande beauté, harmonieuses et légèrement musclées. Une petite veste brune, je crois, et des gants noirs. Elle marchait rapidement et tenait ses bras assez proches de son corps. La présence des gants lui faisait tendre les mains vers l’extérieur avec un angle assez net, comme des pattes de canard, dans une attitude maniérée qui la rendait touchante. Ses cheveux châtain clair, portés mi longs dans une coiffure élégamment discrète achevaient de lui donner cette impression jeune BCBG décontractée finalement assez locale, quelque chose de soigné, de très légèrement prude, quoique dans son cas assez aguicheur (peut-être à cause des jambes). Un peu moins peur de son corps que d’autres.
J’étais à l’intérieur, à l’étage, par la grande fenêtre je la regardais passer. Est-elle mariée, me demandais-je. Elle semblait avoir la trentaine. J’avais envie de la poursuivre, de lui parler.
J’y repense encore.

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Tous les textes originaux : © Rudi Bruchez aux dates de publication