la fuite d’un regard
Elle attendait son amie. Elle était plantée au milieu du chemin, assez neutre, fermée sans revendication, juste sans ressources. Son amie causait avec quelqu’un, à l’intérieur de la cour. L’endroit lui était difficile d’accès, il était impressionnant parce qu’il représentait une liberté dont elle imaginait qu’il lui faudrait la mériter. Son intimidation la murait dans un silence digne mais fuyant.
Je passais dans la cour, je la regardais et sa beauté me frappait. Je ne la saluais pas, je ne sais pas pourquoi : moi même à mon tour je n’osais pas, emprunté de sa gêne. Je passais.
Elle était grande et svelte, des cheveux châtain clair assez filiformes, partant en épis. Elle portait des pantalons à motif, des semelles compensées.
Elle se tenait vraiment là, à l’entrée de la cour, perdue à garder une contenance, n’osant pas faire le pas pour rejoindre son amie qui, une vingtaine de mètres plus loin, parlait avec décision à un ami à qui elle semblait avoir apporté je ne sais quel outil ou instrument. Je les rejoignais et admirais la grande beauté dynamique de la deuxième. Mais cette fille, toujours en attente figée un peu plus loin, avait retenu définitivement mon attention.
Une minute plus tard je sortais de la cour. Nous ne nous sommes rien dit: il eût fallu l’aborder contre elle-même. Lorsque je passais d’un air décidé, sans me regarder elle me laissa la place, toujours digne dans son angoisse. Ma douceur allait déjà vers elle, mais je partais.
J’y repense encore.