Mon souffle et ma poitrine…
Dans la Maman et la Putain, Eustache fait réciter à Jean-Pierre Léaud un dialogue entendu : “il paraît que les femmes africaines font l’amour d’une façon extraordinaire (en articulant bien les syllabes). Lorsque l’homme introduit son organe sexuel dans le vagin de la femme, il y fait une chaleur de fournaise. C’est un administrateur des colonies qui me l’a dit.”
(introduire son vagin dans l’organe sexuel de la femme)
J’ai une voisine extraordinaire (bien séparer les syllabes), une de ces femmes fascinantes à tous points de vue. Elle est parvenue à l’art suprême du charme, sans que rien n’appuie ni ne déborde, comme si elle avait toujours eu naturellement, spontanément, le goût parfait. Elle est belle comme un coeur, avec son corps merveilleusement dessiné, son nez en triangle et ses yeux rieurs. Son abondante chevelure se meut toujours souplement, et donne l’envie constante d’y passer la main. Tout en elle respire une élégance simple. Brillamment elle parvient à masquer la recherche et la coquetterie derrière une impression générale de simplicité. Elle nous donne envie de sentir son parfum, de caresser ses cheveux, de la tenir doucement dans nos bras. Elle est vivante, douce, souriante et ouverte. Elle représente un rêve de printemps.
Lorsque je la croise, nous nous sourions. Aujourd’hui elle se trouvait dans la rue, devant la porte de l’immeuble, sortant de sa voiture un immense carton. Je m’arrêtais pour lui demander si elle avait besoin d’aide. Elle portait une longue jupe coupée sur le côté qui laissait apparaître un mollet agréablement galbé. Elle sentait si bon, était si vive. Je montais ce carton avec elle, et j’avais littéralement le souffle coupé devant elle, comme si elle avait emporté tout mon esprit en un tourbillon. Elle m’a remercié. J’ai mis très longtemps à reprendre mon souffle. Le carton n’y est pour rien. Encore maintenant j’ai l’impression d’avoir la poitrine trop étroite.
Et il n’y a quelque chose qui n’existe que dans la vie, quelque chose qui signifie que le temps s’arrête, que le monde danse et chante comme s’il était de toute éternité une comédie musicale. A la seconde même où j’allais, le lendemain, placer ce texte sur le site du Everyday Life Project, je vous jure qu’à cette seconde même où j’ouvrais sur mon ordinateur ce texte que j’avais tapé ailleurs dans la journée, elle sonnait chez moi pour me remercier avec un petit cadeau. C’est en fait un grand cadeau, comme si tout était donné toujours avec une générosité cosmique, universelle et débordante.
A cette seconde même.
Mon souffle et ma poitrine…