Everyday Life Project

| 01.04.1999

douceur de ton regard

C’est souvent dans le train que cela se passe. Quelle est cette magie fusionnelle du train ? Cette puissance mélancolique que le train génère, la grande imprégnation que me laissent ses rencontres ?

Elle avait environ trente-cinq ans, et la blancheur de sa peau, ses yeux bruns, fins et profonds, ses lèvres fines colorées au rose pâle - tous les signes d’une femme réfléchie et convaincue - ont décidé de mon trouble.
Très étrangement, par son attitude dont je ne saurais dire en quoi elle était différente de la coutume, elle ne me dissuadais pas de la regarder à la dérobée. Je savais simplement que je ne serais pas surpris, en faute, d’admirer sa finesse de peau, ses longs cheveux bruns, frisés, tout ce qui concourait en elle à exprimer le velours féminin.
Son sac, ses vêtements, le bracelet doré, son air distant sans jamais être ni sévère ni ennuyé: je prolongais à la limite de la conscience une réflexion que je porte en moi depuis quelque temps. Pas réellement une réflexion, on appelle ça parfois un sentiment, sur ce qui - vêtements, accessoires, bijoux, livres, dossiers, stylos, brochures, outils d’études, magazines, tout ce qui donne à un être son appartenance sociale, son abri, sa langue, son nom secret, et qui nous le rend parfois si intouchable, mystérieux, intriguant, différent, si personnel.

Je ressentais pour elle l’attirance de l’union, une attirance dont la mélancolie ne peut, encore maintenant, se détacher de moi.

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Tous les textes originaux : © Rudi Bruchez aux dates de publication