Il m’arrive quelquefois de considérer les vies - concept entre la biologie et l’esprit - comme des astres, ou des spectres. C’est sans doute la résultante d’une longue histoire de l’imaginaire de l’humanité. Comme des flammèches sans cesse en mouvement, perdues dans une sorte de néant indéterminé, un purgatoire infini. Solitaires, elles ont leur trajectoire. Je perçois que tout leur sens est dans la rencontre.
Elle avait les yeux de son sourire, l’élégance de sa simplicité. J’étais au travail. Oh, pas le travail ordinaire de la solitude feutrée, devant la discrète boîte ventilée aux entrées/sorties mollassonnes, un travail sans labeur: j’enchaînais les disques dans un nouveau et chaleureux café d’une petite ville de chez nous. Il en est comme toujours, le plaisir se mélant à l’action, le dynamisme se découvre, et l’être en ce moment n’est en rien comparable à celui qui, silencieux et statufié, assis sur une banquette de train ou de bus, est comme extrait de l’humanité, seul à l’univers, et du regard n’est que viol microscopique, une sorte de substance de la peur de vivre. Jamais rien de ce qui se dit dans la solitude et le concept ne fera de nous des gens meilleurs.
Soudainement elle fut au bar. Cheveux noir, nez fin, vivacité simple, presque naïve, joyeuse. Vous ne vous sentez jamais fatigués de douter ? d’être raisonnable ? N’êtes-vous jamais fatigués de ne pas ressentir ? de mettre chaque vision en question, de croire en la complexité des choses ? N’avez-vous jamais ressenti le bonheur du sursaut ? Qu’étouffez-vous quotidiennement ?
Je sentais mon coeur dans ma poitrine, un air nouveau dans mes poumons. De long en long on retrouve de vif sentiment de la vie. Mes pensées étaient à elle, à tout ce qu’elle m’apportait de douceur d’être là, de sentir que la fadeur n’est pas universelle et que parfois nous sommes capables d’être emportés, d’être de soi tout entier vers quelqu’un. Est-ce encore de la vie quotidienne ?