Everyday Life Project

| 16.06.2000

Changements

Je me fais cette réflexion depuis quelques semaines sans doute. Notre esprit parfois poussé à la mélancolie, et caractérisé par une certaine peur du vide, reste attaché aux événements inachevés d’un passé même lointain et presque inatteignable. Les actes manqués, les relations toujours restées fantasmées nous semblent toujours riches d’un réel potentiel. Nous y portons toujours un désir.
Il est difficile sur un souvenir de croire que les choses changent, que ce qui semblait si bien nous convenir, ne nous ressemble plus. Etonnamment difficile d’avoir confiance en ce qui arrive de nouveau, de non préparé et de parfaitement frais. J’apprends depuis quelques temps à porter plus de confiance en ce qui vient de naître que en ce qui m’est trompeusement familier. Il m’a semblé dernièrement que rien de ce que j’avais réalisé de longtemps muri n’était à la hauteur des prévisions - sans doute parfois iréelles - que ce travail de l’esprit avait construit.
Et pour moi encore, le neuf, l’imprévisible, a souvent cristallisé bien mieux tout ce que j’étais, et donc cherchais.
Etrange travail de l’esprit dans la longueur qui conserve précieusement ses sentiments et ses désirs même lorsque l’objet en est dramatiquement lointain - mais à la condition que ce désir n’ait jamais été assouvi. Fort désagréable sentiment que de réaliser enfin cette vieille histoire et de se trouver partagé entre la banale déception (en forme de retour au commun) et l’excitation intellectuelle, purement anecdotique, de se retouver dans une peau à laquelle on ne pensait jamais pouvoir appartenir.
Réflexion ensuite que rien de ce qui est beau, laid, bon ou mauvais ne dure en l’état, et que tout est une question de timing. Brusquement tout se donne parce que le vrai travail ne s’est pas effectué sur ce qui est déjà connu, il s’est réeellement effectué sur ce qui est l’essence de l’action, cette essence qui dans le temps n’appartient à aucune contingence extérieure. Ce qui se révèle ne le fait à travers rien de ce qui fantasmé par l’homme, car ici, rien de cette essence n’a de place pour vivre et respirer.

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Tous les textes originaux : © Rudi Bruchez aux dates de publication