The Rising of the Moon - John Ford
Synopsis : film de trois sketches, sur l’Irlande, les irlandais, l’histoire irlandaise.
Pour être tout à fait franc, je suis un admirateur absolu de Ford. Exprimons-le différemment : je suis un amoureux de Ford. Voilà encore une fois un film fordien, qui concentre les différentes facettes de sa patte. Comme j’ai pris le film en route, je n’ai donc vu que les deux derniers sketchs : A Minute’s Wait, et The Rising of the Moon. Le premier montre le Ford libre et facétieux, exprimant comme dans une de ses interviews son caractère provocateur, son chauvinisme hilare, et ses recettes pour faire une comédie : montrer avec une liberté subtile ce qu’il a toujours montré : une robustesse de coeur faite de trempage de caractère, de trempage tout court dans des substances distillées, de vantardises bourrues, de bagarres jubilatoires et de grands coeurs virils épris d’une liberté gagnée au quotidien.
C’est une sorte de sketch en boucle où la minute d’arrêt d’un train en gare obéit au rythmes et aux horaires irlandais, c’est à dire à quelque chose qui laisse le couple d’infortunés anglais perdu quelque part dans un jardin négligé de fond de gare, en attente d’un improbable thé de Chine dont leur soif ne se verra pas étanchée de sitôt.
Le troisième sketch, The Rising of The Moon, est plus politique : un irlandais adulé de son peuple s’évade de la prison un instant avant d’être exécuté par les anglais, et disparaît aidé par chaque irlandais qui se respecte. Ford, évidemment, reste entier dans son propos. Chaleur encore, indéfectible noblesse des petites gens. Ford a toujours montré une identité forte, portée par le coeur, qui n’a rien à faire avec le rejet ou le racisme. Chez Ford, les hommes s’entendent, se serrent la main, ont une chanson irlandaise à partager, et ne se massacrent jamais de bon coeur. Ici, il porte son propos un ton plus sérieux, et, pour placer un bémol, le fait en une suite un peu chargée de plans obliques. Une affaire de goût, sans doute.
Ce qu’il y a à dire sur ce film est ce qu’il y a à dire sur Ford : qu’il est, dans chacun de ses films, profondément sincère. C’est un des cinéastes qui a le mieux réussi à faire passer une tendresse universelle dans les choses les plus simples. Un des grands traits du génie de Ford est cette capacité de toucher à l’essence et à la grandeur de l’humanité, pratiquement sans effort. Un génie universel.