Everyday Life Project

| 28.02.2002

La Chasse aux Papillons - Otar Iosseliani

Synopsis : Un château français, hérité par une russe, est finalement revendu à des japonais.

La chasse aux papillons est une sorte de survol rapide d’un monde à travers la destinée d’un château. C’est un film facétieux, vieil enfant, un film en tableaux avec beaucoup de gens, beaucoup de lieus, de la diversité, des groupes ethniques. C’est un peu comme des dessins d’ensembles, où il faut trouver le détail, ou des paysages de puzzles, complexes et colorés. Le tout dans un monde suranné, que le progrès n’a pas touché. Il n’y a d’ailleurs aucune trace de technologie et le film pourrait être chronologiquement situé dans les années 50 ou 60 si ce n’était quelques détails comme l’invasion japonaise.
Iosseliani dessine comme une imagerie d’épinal, parfois puérile, toujours ironique, parfois touchant juste, comme un grand ballet d’ensemble sans temps mort (c’est assez slave), dont parfois le manque de simplicité n’est pas, comme par exemple dans une comédie musicale, contrebalancé par la magie et la beauté du geste. Cela manque d’une certaine complétude cinématographique, et (à mon goût) pèche par exemple par la précipitation du montage (c’est très souvent coupé trop vite), le manque de profondeur de la bande-son (tout y est au même niveau, et la proximité des voix des personnages distants est dérangeante), ou la mobilité injustifiée de la caméra.
Le tout donne paradoxalement une impression de rapidité, dans un esprit saynette, parfois la magie se cherche, et parfois il y a une certaine lassitude.
Peut-être aussi y-a-t’il un rafraîchissant côté “non-français”. J’ai l’impression que l’ironie portée n’est pas de type francaise. on ne traite pas les personnages de cette façon dans l’esprit hexagonal.
Bon, pour en dire du bien, bien que le traitement soit un peu superficiel, il y a comme une adaptation d’un genre littéraire de la quinconce et du tableau, une sorte de “vie d’antan mode d’emploi”. Le tout est sympathique et facétieux, pas idiot. Il y a toutefois une sorte de contradiction entre l’implication de la réalisation dans les mouvements de caméra ou la proximité du son, et une sorte de détachement venant du plan d’ensemble et des portraits de groupe.
Les groupes ethniques, linguistiques, familiaux, religieux se suivent et se superposent, et il y a réellement cette impression de téléscopage venant de la rapidité des transitions. Le tableau n’est pas un portrait, c’est une scène, dont la construction est intéressante, dans une façon personnelle de concevoir le cinéma.
les gens ne sont que la surface de leurs motivations. Les vieux sont nostalgiques et victimes, les jeunes idéalistes ou révolutionnaires. Il y a un peu de tout. Et finalement cela porte un certain sens. La conclusion sur la partie russe est assez bien brossée, contrairement à l’épisode château japonais plutôt cliché.

| 16.02.2002

Black Rain - Ridley Scott

Synopsis : Deux flics, puis trois, puis deux, poursuivent un méchant à Osaka.

Revu vaguement en passant, à la télévision. Pas jusqu’à la fin. Décidément profondément ennuyeux et sans réel intérêt. Je pense que je ne suis pas un grand fan de Ridley Scott. Même Blade Runner m’indiffère, et en grand amateur de Philip K. Dick, je place Total Recall comme la meilleure adaptation de l’univers dickien au cinéma. Bref, certes Black Rain évite de pousser sur les gros clichés sur le Japon, mais il est de la même manière en quelque sorte indifférent que ce film se déroule au Japon, cela aurait pû être Chicago, même résultat. Un flic torturé sorti de son milieu habituel, un de plus. Les flics new-yorkais sont vulgaires, et le japonais est vraiment un ange de patience, bon sang. La seule fille faisant réellement son apparition dans l’histoire (manifestement c’est un film d’homme, et encore… pas âme qui vive), est américaine. Un traitement qui empeste l’égocentrisme américain (oui, bien entendu : le flic américain, lui, retrouvera la trace du méchant, grâce à son flair). Nous pouvons nous arrêter là : tout cela n’a aucun intérêt.

Lord of the Rings : The Fellowship of the Ring - Peter Jackson

Synopsis : Dans la Terre du Milieu, on aime beaucoup les bijoux, parfois jusqu’à la folie. Il y en a un, particulièrement attirant, dont il va falloir se débarrasser

L’impression produite par le film est un sentiment d’inutilité, de vide. Il n’y a rien à en retirer. Même en temps que divertissement, la chose a relativement peu d’intérêt. Ce qui ronge les chances d’en faire un divertissement est la fidélité à la trame du roman. Lord of the Rings n’est pas spécialement destiné à être un divertissement à effets. Le roman est prenant par son ampleur, bien plus que par son intrigue, relativement mince en tant que tel. Le problème est là: l’intérêt est faible, l’émotion rare, le suspense global pratiquement inexistant. Reste la beauté de l’image, des personnages, des effets, en un mot reste l’univers de la terre du milieu dépeint avec faste. Ce premier volet est une sorte de reportage animalier très soigneusement réalisé, avec quelques facilités de scénario et quelques incohérences (l’anneau successivement dans une chaînette et libre), sans grande progression dramatique (on en est pratiquement au même point à la fin, mais cela est dû à la structure du roman), et ponctué de répétitions sur l’anneau (combien de fois voit-on Frodon ouvrir la paume de sa main pour regarder l’anneau), sans doute la façon pour Jackson de marteler son omniprésence. On doit bien reconnaître qu’on n’oublie pas l’anneau, et que sa puissance est claire et crédible, ainsi que son effet sur les hommes. La faiblesse, la force des êtres est également dépeinte de façon convaincante, bref, c’est du très bon travail, mais pas particulièrement enthousiasmant ou très utile. Il y a quelque chose dans l’entreprise qui court-circuite le rêve. Est-ce une distance qui anesthésie le tout? Difficile à déterminer.

| 11.02.2002

Cheyenne - Raoul Walsh

Après quelques westerns de Walsh, on commence à reconnaître son goût pour les mauvais garçons, cyniques et sauvages. On se souvient du pire : Mike McComb (Errol Flynn) dans Silver River (sorti un an après Cheyenne, en 1948), personnage presque entièrement détestable, et qu’on ne voudrait certainement pas avoir comme gendre.
Ici, James Wylie est un joueur sans grand intérêt pour les oeuvres philantropiques, qui se voit obligé de résoudre une énigme policière sous peine de se faire renvoyer dans une ville où on se vouvient un peu trop bien de lui. Le boulot : retrouver un poète. Tâche ardue où bien d’autres avant et après lui se sont cassé les dents. L’excuse : personne ne le connaît, il sera plus facile pour lui d’enquêter. Considérant la subtilité de ses métohdes, l’argument est bien mince. Quoi qu’il en soit, le poète lui-même ne correspond pas à l’importance que revêt souvent la figure du méchant, il ressemble plus à un McGuffin.

L’intérêt non négligeable de ce film vient de deux points : un scénario très intéressant, et la mise en scène d’un homme qui sait ce qu’il fait.
Le scénario d’abord est vif et maîtrisé, avec un humour désabusé, notamment dans quelques répliques sarcastiques sur les relations amoureuses : un des bandits de la bande à Sundance est persuadé que Wylie et Ann Kincaid (joli brin de brune au visage anguleux, les femmes sont fortes chez Walsh, comme chez beaucoup de grands réalisateurs de westerns) ne peuvent être mariés, simplement parce qu’il l’a embrassée. Il a raison d’ailleurs, on s’en apercevra plus tard lorsqu’on pourra apprécier la tendresse du poète pour son épouse, et également pour l’épouse suivante.
Ou aussi Wylie avouant que les hommes aiment le jeu, sinon ils ne se marieraient pas. Bref, des scénaristes en mal d’esprit. Des surprises, des retournements de situation, quelques bons implants et trouvailles : Wylie reconnaît un voleur à un mot spécifique qu’il a le tic de prononcer : “pronto”, Wylie retrouve le poète à l’aide d’un poulain…

Ce scénario basé sur l’action s’allie merveilleusement avec la rapidité et l’efficacité de la réalisation de Walsh. Walsh est un maître total de la précision et de l’économie, il n’y a aucune graisse dans ses plans, l’espace y est toujours précisément délimité, le plan dure l’exact moment qu’il doit durer pour tout donner avec une merveilleuse concentration. Concentration, le mot est trouvé : walsh a cette facon de toujours se fixer, de se diriger vers un point de focalisation, d’être toujours parfaitement dans les choses. Sa mise en scène est un modèle d’efficacité, et le rythme ne souffre aucun ralentissement. les personnages se révèlent dans l’action, et aucun moment de dialogue explicatif ne vient combler les vides peu importants des personnages : on ne sait presque rien du passé de James Wylie et d’Ann Kincaid, et d’ailleurs on s’en bat l’oeil. Walsh apporte à l’action, à la tension d’une séquence, une dynamique et une inventivité d’autant plus éblouissante qu’elle passe presque inaperçue.

| 10.02.2002

La Peau Douce - François Truffaut

Synopsis : Que fait un critique littéraire (Pierre Lachenay) parisien marié (avec Franca) depuis douze ans (si ma mémoire est bonne) ? Il prend une maîtresse (Nicole), bien entendu.

La phrase qui résumera le film : il est techniquement compliqué de tromper sa femme. De ce point de vue, la Peau Douce n’est pas un manuel d’infidélité, mais au contraire un creshendo dans la complication. L’infidélité prend la tête, et Truffaut insiste sur ce point. Comme il est reposant de n’avoir pas de maîtresse. C’est un film de la goute de sueur froide sur le front. Monsieur Lachenay, retenez bien ceci (oui, il est un peu tard pour les conseils) : l’adultère demande du talent. En réalité il demande les mêmes qualités que pour être un bon mari (les hommes s’en foutent, n’est-ce pas? Alors que les femmes se vendaient “bonnes épouses”). Ainsi il est bon de se professionaliser dans une des deux tâches, et de s’y tenir. Inutile de dire que beaucoup d’hommes manquent de ces qualités. Pierre Lachenay est un amoureux médiocre. Le manque d’attrait physique du personnage a d’ailleurs inspiré Truffaut dans ce sens.

Les hommes et les femmes sont pour l’éternité eux-mêmes : amoureux et fidèles d’un côté, lâches et incertains de l’autre (remettez dans l’ordre). Truffaut, dont on sait et sent l’admiration pour quelques maîtres américains, ne fait pas la comédie du remariage : plutôt le suspense de l’adultère, qui donne aussi une comédie froide. Une certaine comédie de la bourgeoisie. Nicole n’est pas une bourgeoise, et elle s’en lasse fort vite. Et apparemment, de l’autre côté, on n’en sort pas. C’est très drôle d’ailleurs, le fusil de chasse dans l’armoire à Paris, comme l’instrument indispensable de ceux qui veulent pouvoir parer à toute invitation. Mais on ne pourra ici questionner l’utilité de cet outil opportun.

On est une fois de plus en face de l’expression de la force féminine. Ici le triangle a des angles bien aigus. Au-delà des classes, les deux femmes sont à la hauteur de la puissance et de la fragilité de ce sexe merveilleux, deux eaux qui coulent d’une même source limpide. Il n’y a que le mâle, perdu dans un va-et-vient désordonné, pas à la hauteur, qui est la victime de son incapacité. Franca, magnifique dans la constance de son sentiment, finit par souffrir de cette constance, comme beaucoup de femmes. L’homme est si glissant… parfois il glisse bien, parfois il se casse la gueule. Ni Franca ni Nicole ne se cassent la gueule : elles savent qui elles sont, ce qu’elles veulent. Qu’est-ce que Pierre, dressé dans une pudeur sans but, peut comprendre à celà?

Truffaut concentre sur le plan une vraie acuité… Il réussit une escalade signifiante très unie, du plan à la séquence, de la séquence à la scène. un style précis, à la fois visible (ce qui ne constitue pas un défaut quand il est profond, sinon que ferions-nous d’Orson Welles), et plein de sens. Une élégance qui rend hommage à ses influences, très notamment Hitchcock (l’organisation des scènes, le montage parfois haletant sur les petites choses, …). Il joue avec sensibilité, précision et justesse sur les aspects fort bien rendus de son histoire, et plante un film complet : tendresse, misère, sentiments contradictoires. Chaque plan est beau et juste. La construction est sûre et cohérente, tout l’ensemble est tendu. Un film de cinéma.

| 09.02.2002

Home from the Hill - Vincente Minelli

Synopsis : Le père de famille (Wade) couche avec des traînées, la mère (Hannah) lui refuse son lit depuis dix-huit ans, le fils (Theron) ne sait pas qu’il a un demi-frère illégitime (Rafe), qui est le bras droit de son père. C’est une petite ville bien provinciale. Les choses ne vont pas aller en se simplifiant.

J’ai regardé Home from the Hill… peu après avoir revu Some Came Running. Il y a des points communs qui me dessinent des thèmes minelliens.
Home from the Hill est au autre drame familial, en plans larges et fondus enchaînés, classieusement réalisé en cinémascope, avec la précision et l’ampleur minellienne. Minelli a un côté universel, embrassant, large. Nature, espace, un monde d’hommes et des femmes bornés et en quête d’un partage si compliqué à trouver, un monde fait de luttes intestines, de cruauté et de virilité. Il y a comme un destin masculin et féminin, auquel les gens s’initie dans les épreuves, il y a aussi l’accession à la vie sociale, avec ce que cela implique de bêtise périphérique.
Minelli aime apparemmenrt placer son propos dans les petites villes ou les relations sont basées sur la réputation et la mesquinerie. Le seul moyen d’y devenir humain est par la lutte, pas par les chemins balisés. Le déchirement entre ces deux pôles mène au drame.
L’embourbement est général, les personnages minelliens ont des problèmes respiratoires. Qui est libre de ses sentiments, de son comportement, de ses idées? La fierté comme la honte sont pressés par le milieu.

Il y a dans les deux films un attachement à la nature. Le film a été tourné à Oxford, Mississippi. Minelli aime les amples travelling dans une forêt très verte, la forêt qui couve les passages. C’est le lieu de la bestialité révélée, cette bestialité qui va marquer les étapes dans l’accession de Theron au monde viril. La forêt est l’endroit où le sang coule, et Theron y chasse par deux fois, le sanglier, puis l’homme. Dans la forêt, Theron est loin de l’influence de sa mère, les parties cachées de sa masculinité s’y révèlent. La forêt est une puissance féminine également, secrète et diffuse, dans laquelle Theron va libérer la violence qui semble être ce qui reste au mâle pour s’affirmer hors de l’étriquement des règles de la société. C’est également l’endroit de l’amour et de la fécondation (comme dans Some Came Running où Gwen accepte le sentiment de Dave - et son roman - dans le jardin). Réellement une autre mère, plus ample, qui comme la mère humaine, camoufle les actions du fils.

Dans Home from the Hill comme dans Some Came Running, la famille est le but, l’état désiré, et à la fois le lieu principal de souffrance et de sordidité. Comme dans Some Came Running, le père de famille est infidèle, et la mère froide et inflexible… incouchable. Dans les deux films l’unité familiale est une bien mince illusion, et les enfants, oppressés par cette situation, n’ont d’autre choix que de foncer dans les murs. Egarés quelque part entre le désir d’une réelle famille et la perte des illusions. Tout le monde est parfaitement solitaire, et cette solitude n’est rompue que par des imbroglios familiaux torturés : le demi-frère jamais reconnu, et la copine du demi-frère épousée parce qu’elle porte l’enfant de celui-ci.
Les liens familiaux indirects sont soigneusement entretenus, parce qu’ils sont les seuls visibles, et la presque impossibilité de toute expression familiale envers les parents directs attise la soif d’unité, aussi bien chez Rafe que chez Dave Hirsch, deux personnages qui à la fois vivent leur souffrance des conventions, une certaine sauvagerie, une grande tendresse et une profonde soif de famille.

Il y a un mariage dans chaque film. Deux mariages entre la raison et un amour désabusé, loin de tout romantisme, des sortes de perversions des idéaux. Les mariages de Minelli se font en première analyse sur de très mauvaises bases, et donnent de bons résultat, probablement parce que ce sont des couples d’adultes, une fois de plus sans illusion.
Tentative de conclusion : ce qui de l’avis général est très mauvais, se révèle très valable, parce que rien n’est pire que l’avis général.

La conclusion de Home from the Hill est morale : Theron a tout perdu, Rafe tout eu, la chance s’est inversé. Couver un fils légimite et refuser un quelconque statut à l’autre n’aura eu strictement que l’inverse de l’effet escompté. Theron a eu trop de reconnaissance (dont il s’aperçoit à quel point elle était hypocrite), et Rafe rien du tout.
Donc tout se règle dans un ordre des choses qui transcende la médiocrité des règles sociales. Les choses ont une place cachée qui se révèle dans le drame, et à la fin, au cimetère, où la société et l’humanité ont une chance de se rejoindre (les deux films se terminent dans un cimetière). La mesquinerie de toute une vie ne peut se résoudre pour l’humain que dans l’acte extrême. Ce qui est trop retenu finit par exploser, dans l’intensité de l’acte, même lorsque celui-ci est une conséquence directe de l’étriquement (Le père de la fille qui est si soulagé d’avoir un petit fils légitime, et dont le meutre est le moyen d’évacuer toute la honte, la rancoeur et la lâcheté. Au passage, de la mise en scène on voit une fois de plus comment Minelli aime styliser le drame final). Les gens retrouvent leur place, l’humanité revient parce qu’on l’attendait depuis longtemps et qu’un grand trait de faux lui a creusé une place. Une famille totalement hétéroclite se reconstruit, sur la base de celui dont la naissance avait engendré la chute, basée sur la définition de la famille : le lien.

| 07.02.2002

The Graduate - Mike Nichols

vu une partie seulement, la dernière heure, à la télévision.
Il me semble me souvenir de la fin, donc j’ai dû en voir un fragment il y a quelque temps.
Sorti en 1967 ? Quatre ans avant ma naissance. Dans un sens, probablement un film significatif de l’époque, avec quelques traits moins datés.

Si je compare avec une autre comédie à la ligne et à la thématique proche : There’s something about bMary, le film de Nichols est une vraie réussite.
Il y a un grand intérêt aux States pour l’écriture et la structure du scénario. Des quantités innombrables de livres, magazines, cours, séminaires, ateliers, commentaires, sites webs et forums de discussions online existent sur le scénario. Un livre sorti récemment et traitant de la façon de faire une scène mémorable, cite en exemple le gag du “gel pour cheveux” de There’s Something about Mary. Pour ne pas laisser sur le trottoir ceux qui n’ont pas vu le film, ce gag basé, comme à peu près tout le film, sur le quiproquo, montre Mary utiliser du sperme tout frais produit d’une masturbation clandestine comme gel pour cheveux.
Souvent, Mary est utilisé comme exemple d’un très bon scénario actuel. The Graduate et Mary ont quelques points communs : On y voyage beaucoup (Dustin Hoffman, dans The Graduate, passe pas mal de temps sur la route), et tout tourne autour du sexe opposé au sentiment, pour deux hommes qui ne se perçoivent un peu comme des ratés.
La comparaison n’est pas à filer beaucoup plus longuement. là où Mary est de bas étage, facile et souvent vulgaire, The Graduate a un vrai sujet, et bénéficie d’une vraie écriture. J’aurais très volontiers remplacé, dans le livre cité plus haut, la scène du gel dans Mary par celle de The Graduate, où Ben déclare à ses parents qu’il va épouser Elaine. Un comique du dialogue, assez typiquement théâtral, mais dont j’avoue me régaler, parce qu’il fait passer pas mal de choses, arrondissant l’observation sociale par un réel sens de la provocation presque nonsense. Ben se lève et annonce à ses parents qu’il va épouser Elaine. Les voilà fous de joie. Le père s’apprête à appeler les parents d’Elaine, mais Ben le lui déconseille : ils ne sont pas au courant. En un échange rapide et fluide de répliques, les parents s’entendent dire que personne n’en sait rien, que Ben a pris cette décision il y a à peine une heure, qu’Elaine elle-même n’est pas au courant ou même consultée, et d’ailleurs elle ne le veut pas parce qu’elle le déteste.
Là ou Mary ne remue que la facilité et un kitsch qui fait grincer des dents, The Graduate est très rafraîchissant. Il a ce souffle de la vidange des doctrines des années 60/70. Les fondations de la société américaines y sont délicatement balancés par-dessus bord : de l’université au mariage. La fin est à ce titre un exemple du contre-poncif. En général, on arrive toujours à temps pour éviter le mariage funeste, ou alors il s’agit d’une fin tragique et désabusée. Ici, Elaine est mariée. Trop tard? Non, on s’en fout, et Ben, qui a passé les derniers jours à lui faire une demande en mariage permanente, l’enlève en robe de mariée, en bloquant la porte de l’église à l’aide d’une croix.

| 01.02.2002

Some Came Running - Vincente Minelli

Synopsis : Dave Hirsch revient au pays après une sacrée paie. Le pays c’est Parkman, une charmante bourgade des plus hospitalière. Un peu provinciale peut-être ? Son frère, qui a réussi à Parkman, l’avait envoyé au pensionnat lorsqu’il était tout jeune. Depuis, Dave a bien bourlingué, écrit deux romans remarqués, et un jour s’est fait mettre dans un bus pour Parkman alors qu’il s’était beurré pour fêter sa sortie de l’armée. Une potiche blonde de Chicago l’a suivi parce qu’il s’est montré gentil avec elle. A Parkman, la folle joie de son frère n’a d’équivalent que l’ouverture d’esprit des bourgeois de la ville, et le tempérament décidé de la prof de littérature, admiratrice de Dave (de l’écrivain, n’est-ce-pas), dont celui-ci tombe amoureux.

Je le regarde ce soir une fois de plus. A la télévision. La fois précédente, c’était au cinéma, ou plutôt en pellicule, puisque je l’avais projeté dans le cadre d’une association, en plein air, un soir d’été tranquille. Il y avait un peu de monde et le film avait fait son effet.
Minelli est un homme de l’expression théâtrale, du mouvement, de la comédie musicale. Il est dynamique dans le drame, et use de la musique et de la réalisation de façon fondamentalement expressive. Il n’y a pas vraiment de place dans ses films pour l’intimité. Dans une des rares scènes ou Dave (Sinatra) est montré seul, au début du film lorsqu’il s’installe dans sa chambre d’hôtel, le personnage est campé par le déballage de son sac militaire : Un poignée de livres dont on voit bien l’auteur, un fond de whisky, des vêtements chiffonés. Minelli fait avec un scénario de drame, intelligent et contenant tous les ingrédients du scénario hollywoodien sensible et travaillé, un mélange qui réussit, oscillant entre une dramatisation qui pourrait parfois dépasser les limites, une observation sociale sur la petite ville enchapée de conventions, entre les propres bien-pensants et les électrons libres et un film sur un homme que l’âge pousse au changement.
C’est un drame en cinémascope, merveilleusement professionnel et sensible. Il reste souvent de ce genre de production une impression de distance, d’une certaine incompatibilité avec l’empathie. C’est un des films néanmoins qui reste relativement proche de l’être, à travers l’évolution de Dave dans une société où personne n’est vraiment pur, excepté sans doute la nièce de Dave, qu’on va sauver de la fèlure ou de la médiocrité, et qui pour ce faire doit quitter la ville. Pour maintenir sa pureté, il faut partir de Parkman. La secrétaire amoureuse du frère de Dave doit partir elle aussi. On quitte Parkman parce que cet endroit, pour quelqu’un qui a des sentiments, cet endroit n’est pas vivable. Celle qui ne compte pas, ne calcule pas ses sentiments, ne les regrette ni ne les triture, Ginny, elle n’est pas de Parkman, elle vient de Chicago. Elle mourra là, probablement qu’elle n’était pas à sa place, contrairement à Miss French, la prof de littérature au chignon, pure victime de Parkman qui survit en vieille fille dans cette ville perdue en soignant solitairement son cerveau. Pour elle, donner son coeur ne va pas sans toutes les ciconvolutions du drame décisionnel. On s’en lasse vite.
Bref, les choses vont vite, elles vont loin, et les gens pétris dans un argile parfois résistant, victimes, interprètes et danseurs d’une vie en écran large, seront encore de grands companions à la prochaine vision.
Shirley MacLaine est merveilleuse, et le dernier plan est une fin à noter dans l’histoire du cinéma : Bama enlève son chapeau.

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Tous les textes originaux : © Rudi Bruchez aux dates de publication