La Chasse aux Papillons - Otar Iosseliani
Synopsis : Un château français, hérité par une russe, est finalement revendu à des japonais.
La chasse aux papillons est une sorte de survol rapide d’un monde à travers la destinée d’un château. C’est un film facétieux, vieil enfant, un film en tableaux avec beaucoup de gens, beaucoup de lieus, de la diversité, des groupes ethniques. C’est un peu comme des dessins d’ensembles, où il faut trouver le détail, ou des paysages de puzzles, complexes et colorés. Le tout dans un monde suranné, que le progrès n’a pas touché. Il n’y a d’ailleurs aucune trace de technologie et le film pourrait être chronologiquement situé dans les années 50 ou 60 si ce n’était quelques détails comme l’invasion japonaise.
Iosseliani dessine comme une imagerie d’épinal, parfois puérile, toujours ironique, parfois touchant juste, comme un grand ballet d’ensemble sans temps mort (c’est assez slave), dont parfois le manque de simplicité n’est pas, comme par exemple dans une comédie musicale, contrebalancé par la magie et la beauté du geste. Cela manque d’une certaine complétude cinématographique, et (à mon goût) pèche par exemple par la précipitation du montage (c’est très souvent coupé trop vite), le manque de profondeur de la bande-son (tout y est au même niveau, et la proximité des voix des personnages distants est dérangeante), ou la mobilité injustifiée de la caméra.
Le tout donne paradoxalement une impression de rapidité, dans un esprit saynette, parfois la magie se cherche, et parfois il y a une certaine lassitude.
Peut-être aussi y-a-t’il un rafraîchissant côté “non-français”. J’ai l’impression que l’ironie portée n’est pas de type francaise. on ne traite pas les personnages de cette façon dans l’esprit hexagonal.
Bon, pour en dire du bien, bien que le traitement soit un peu superficiel, il y a comme une adaptation d’un genre littéraire de la quinconce et du tableau, une sorte de “vie d’antan mode d’emploi”. Le tout est sympathique et facétieux, pas idiot. Il y a toutefois une sorte de contradiction entre l’implication de la réalisation dans les mouvements de caméra ou la proximité du son, et une sorte de détachement venant du plan d’ensemble et des portraits de groupe.
Les groupes ethniques, linguistiques, familiaux, religieux se suivent et se superposent, et il y a réellement cette impression de téléscopage venant de la rapidité des transitions. Le tableau n’est pas un portrait, c’est une scène, dont la construction est intéressante, dans une façon personnelle de concevoir le cinéma.
les gens ne sont que la surface de leurs motivations. Les vieux sont nostalgiques et victimes, les jeunes idéalistes ou révolutionnaires. Il y a un peu de tout. Et finalement cela porte un certain sens. La conclusion sur la partie russe est assez bien brossée, contrairement à l’épisode château japonais plutôt cliché.