Everyday Life Project

| 08.03.2003

mais presque

Pas mal de gens qui bougent. J’aime la jeune fille un peu ailleurs, habillée d’un chemisier rouge en manches à froufrou. Elle a ses courses à ses pieds : de l’eau minérale, des céréales, des yaourts. Elle lit Elle, ses ongles sont peints en rose. Elle a les chaussures noires fermées à talon qui distinguent toutes les femmes de ce train. Elle m’est sympathique.
A côté, un couple raconte comment ils se sont endormis au dernier film de Chabrol. “Pas un navet, mais presque.” Il ne s’y passe rien, le meurtre n’est pas élucidé, on discute du passé des personnages. Elle, rien ne l’a vraiment fait rire, donc elle n’est pas entrée dedans.
Pauvre Chabrol. Ils m’ont vraiment décidé à aller le voir. Je n’avais pas remarqué qu’il y avait un film de Chabrol en salle.
J’ai vraiment droit à une séance de critique cinématographique de contenu. D’autres films, un panorama. Quelques allusions en passant à la PNL, ils doivent suivre des cours.
Le train du vendredi est un train particulier, souvent désagréable, parfois même oppressant.
Ils sont descendus. Je me retrouve presque seul avec la jeune fille en rouge. Voilà qui est plus agréable et reposant. Elle a des petites breloques au bras. Tout est calme et le soleil se couche.

J’adore cette façon de balayer les imperfections sur sa veste, par des petits mouvements de la main, vifs et négligents.

| 07.03.2003

petit déjeûner

je prends le train plus tard, ce n’est pas de la routine aujourd’hui.
J’ai la chance d’avoir en face de moi une jeune fille charmante, habillées austère, comme à l’habitude dans le coin. Elle grignote son petit déjeuner: de la tresse au beurre avec une branche de chocolat. Cela me fascine qu’on puisse considérer ça comme un petit déjeuner. Elle lit un magazine féminin livré avec les journaux du dimanche… bien qu’on soit vendredi. Comprenne qui pourra.
Il y a une activité intéressante, mais la plupart du temps difficile : c’est celle de leur donner - enfin, de deviner - un prénom, et d’imaginer où elle travaille.
Deviner un prénom implique une idée hallucinatoire qu’il y a relation naturelle ou nécessaire entre l’impression provoquée par une femme, et son nom. C’est une idée romantique et poétique. En poésie, avait dit Jacobson, il y a un lien nécessaire, non purement conventionnel, entre le signifiant et le signifié.
La seconde est un travail d’investigation, se basant sur des hypothèses construites sur des indices. C’est parfois plus facile, notamment lorsque la fille est en conversation. Elle livre des indices qui permettent de se forger une idée soit plus mythique, soit plus centrée. A moins bien sûr qu’elle ne livre directement son numéro de téléphone à l’assemblée, sous prétexte de permettre à son amie de l’inscrire dans la mémoire de son téléphone. Avons-nous fait glisser les règles de l’intimité sans que je m’en sois aperçu ?

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Tous les textes originaux : © Rudi Bruchez aux dates de publication