Dubrovnik
Belle journée. Comme un beau film. Un film est beau souvent parce qu’il finit bien. Un film est mauvais s’il commence bien et qu’on sort du cinéma accablé par sa fin. Les dernières notes donnent le ton du morceau.
Arrivée dans l’après-midi à Dubrovnik. Minibus organisé par l’agence de voyage qui gère le séminaire. Je me retrouve avec un autre participant, venant de Belgique. Peu motivé à me retrouver seul à manger le soir, je lui demande d’une façon maladroite ce qu’il fait ce soir. Je vois à son expression que sur l’instant, il se pose la question de mon orientation sexuelle. J’ai le sentiment d’avoir merdé sur ce coup-là.
J’en viens donc à me poser les questions de base sur mon aptitude à initier des relations sociales. Je reste une heure à mon hôtel, me morfondant, puis, vers les 16:00, je sors. Je découvre une ville magnifique, mélangeant une architecture somptueuse, une familiarité méditerranéenne, une tranquilité, une atmosphère et un plaisir de vivre étonnants. Une ville à la fois propre, vivante (des antithèses pour moi qui suis suisse avec un peu de sang italien), et dans son essence profondément romantique. Des arbustes odorants, une mer aux couleurs profondes, des ruelles italiennes… une sorte de rêve des amoureux. Assis pendant deux heures à une terrasse, je me délecte de belles femmes, de couples d’amoureux, de visages touchants. Un peu résigné à retourner à l’hôtel parce qu’il est bien tôt pour manger et que je commence à enculer les mouches (j’essaierai les restaurants de la vieille ville un autre soir), je vois sur la terrasse en face une jeune femme ma foi assez jolie lisant sans grande passion un pavé qu’elle abandonne des yeux toutes les minutes. Après une éternité d’hésitation, je paie, me lève et vais l’aborder. Des choses très simples, rien de la chevalerie masculine des héros de série TV, je n’ai pas reçu leur aisance naturelle de mon scénariste à moi. Ou plutôt, ce sont les femmes suisses, me semble-t-il, qui n’ont pas reçu l’esprit des répliques idéales des scénaristes qui séduisent par procuration. Peu importe, le message était plus de manger ensemble que de croquer la pomme. Elle se révèle merveilleusement réceptive à mon approche timide, et nous voici bavardant en dînant. Elle est anglaise, officier dans l’armée de sa Majesté, stationnée en Bosnie. La conversation, donc, outre son charme intrinsèque, se révèle doublement intéressante. Elle est tombée amoureuse de Dubrovnik et cherche à acheter une maison dans les alentours.
A la fin me voici donc léger, ayant passé une soirée charmante avec une femme merveilleuse, et ayant été prouvé heureux dans mon approche déconstipée des relations sociales. Alleluia. Troquons Genève pour Dubrovnik.