Everyday Life Project

| 27.08.2005

A pied par la Chine

Depuis la gare de Lyon, pris la ligne 14 jusqu’à son terminus à la Bibliothèque François Mitterrand. C’est un bon moyen de prendre la rue de Tolbiac depuis son début. Quelqu’un distribuait des “Réveillez-vous” à la sortie de la bouche de métro. C’est l’organe d’évangélisation des témoins de Jéhovah, pour ceux qui ont la chance de ne l’avoir jamais vu. Ca m’a fait sourire, elle n’a pas l’air d’avoir apprécié ce sourire, qui devait être un peu ironique. J’aurais dû le prendre toutefois, c’est toujours une lecture amusante.

Je remontais la rue de Tolbiac pour repasser dans la petite boutique de vêtements asiatiques nommée “Shanghai”, bien que beaucoup de leurs vêtements soient faits au Vietnam, et qu’ils vendent des sandales japonaises. Le vendeur est toujours le même. Il a toujours son sac de bonbons à la menthe qu’il distribue à toute personne passant dans son étroite boutique. Il a en vitrine des sandales japonaises, genre de tongs en paille de riz. Elles sont fabriquées par une petite enseigne du 13e nommée Zen-Z. En jetant un oeil sur leur site dépouillé, j’ai commencé à apprendre les détails de l’habillement japonais. Ce type de sandales est universel et traditionnel au Japon, sous le nom de Zori. Elle est indissociable du kimono. La bride est appelée Hanao. En cherchant un peu, j’ai trouvé plus de détails sur le site de Kimonoya. Il y a deux types de sandales qui se portent avec le kimono: le Zori et le Geta. Le Geta est une socque en bois, traditionnellement semble-t-il en bois de Kiri. Le modèle homme est plat et non laqué, et tout cela me rappelle fortement les films d’Ozu. Tout ceci se porte nu-pieds ou avec des chaussettes en coton nommées tabi, qui sont à deux doigts pour permettre de passer la bride à l’entrepouce.

Plus d’informations sur le site La Maison Du Japon, de l’association Jipango, notamment avec une liste d’adresses à Paris. Aussi Echo-Arts, boutique d’artisanat japonais au 68 Av. Ledru Rollin dans le 12e. Il faudra que je passe jeter un oeil. Aussi LeJapon.org, avec une explication dans un forum.

Pour rentré, j’ai remonté l’avenue de Choisy pour rejoindre le métro à la Place d’Italie. Passé devant le Parc de Choisy qui m’a l’air fort agréable. Un bon endroit pour lire. Un peu plus loin, un petit supermarché des frère Tang. Voilà qui est intéressant, car c’est plus proche de chez moi que celui de la Porte d’Ivry. Aussi, dans la rue, un certain nombre de restaurants vietnamiens et chinois. Peut-être de bonnes soupes de nouilles ?

Le soir, entendu sur France Musiques une partie d’un opéra de Johann-Christian Bach: Temistocle. Il était donné le 22 juin 2005 au Théâtre du Capitole de Toulouse, par Les Talens Lyriques, direction Christophe Rousset. En cherchant ensuite, je m’aperçois que c’est une redécouverte, et qu’il n’y a aucun enregistrement discographique. La pièce n’a fait de l’effet, j’ai cru au début que c’était de Mozart. C’est un bel opéra, dynamique et séduisant. J’attends un enregistrement.

La recherche m’a permis de découvrir un site français dédié au classique : ResMusica.

| 20.08.2005

Dreyer et Ford

Vendredi soir, Ordet au Saint-André des Arts. Je ne souviens plus si je l’avais déjà vu au cinéma. Plusieurs fois sur petit écran en tous cas. C’est un chef d’oeuvre d’une grande pureté et Dreyer est un artiste gracieux et profond, avec une grande puissance d’expression. C’est un film dont l’influence vous suit durablement. Ce qui ne gâche rien, le propos se rapproche d’une vérité spirituelle. Les plans-séquence, la caméra douce, accompagnatrice, le respect de l’acteur, les plans moyens, les tableaux vivants permettent à Dreyer de traiter son sujet avec la plus grande délicatesse. Immortel.

Le lendemain, Rio Bravo dans un petit cinéma rue des Ursulines. Là aussi on est dans une forme de perfection. Hawks se rapproche de l’acteur, réalise avec la plus grande simplicité, une parfaite efficacité. L’action n’est jamais précipitée et jamais interrompue. Comme à son habitude les échanges sont vifs et spirituels. L’arc dramatique chez Hawks est très tenu, très serré, nulle part il n’y a de la graisse. Les deux scènes de saloon sont magistrales: La première, l’introduction, muette, est une des plus belles scènes d’introduction que je connaisse. La seconde, celle de la recherche du tueur, j’en garde au fil des visions un souvenir vif et émerveillé.

Le matin du samedi, dans le but de trouver un adaptateur électrique pour mes appareils suisses, passé devant le Bazar de l’Electricité, fermé comme le reste en août. Ils ont l’air d’être bien fournis. Dans le même mouvement, passé dans une libraire ésotérique récemment ouverte près de l’église de la Trinité : La Cornaline, 62 rue Saint-Lazare, dans le 9e. C’est une librairie sympatique, les bablioles ne sont pas trop chères, ce qui est rare dans ce domaine.
En passant, vu aussi Boulevard Henry IV, Hector Saxe, un marchand de jeux, avec de beaux jeux d’échecs. Comme j’aime ça, je passerai les voir quand ils seront ouverts.

Près de l’opéra, quelqu’un m’arrête pour me demander si le commerce devant lequel il se trouve est bien fermé. Je lis le panneau et lui réponds que oui, et je lui indique l’adresse des autres magasins de l’enseigne ouverts à Paris, comme il est inscrit sur la vitrine. A sa demande je lui écris l’adresse du plus proche sur une feuille de papier. Après quelques minutes j’ai compris qu’il ne savait pas lire. Je lui dis que ça ne doit pas être facile de se débrouiller sans la lecture, il me dit simplement, dans son mauvais français, qu’il a essayé plusieurs fois d’apprendre.

J’écris ici des adresses de commerces et des notes d’achats, en partie parce que cela me permet d’en garder trace et de retrouver les bons endroits. Et à la fois cette démarche me pose un problème, parce que j’ai un problème avec la consommation, et toute l’absence de philosophie de vie, de dignité, qui l’accompagne. Je ne supporte pas la publicité, et le superflu, et pourtant une partie de moi aime les choses. Cette rencontre me permet d’exprimer ce paradoxe, et aussi de dire cette cohabitation permanente entre la misère, le dénuement et la richesse et la consommation inconséquente. Comment les bourgeois peuvent-ils vivre comme ça ?

| 15.08.2005

Dans le hurlement des cigales

Dans le 6e, déjeûné au Bistrot d’Opio, à la rue Guisarde. A deux rues des jardins du Luxembourg, la petite rue Guisarde est tapissée de petits restaurants “de charme”. Apparemment celui-ci et La Boussole appartiennent au même propriétaire.
Le lieu, sur deux étages, est décoré assez joliment en bastide. Pour bien faire provencal, de petits haut-parleurs diffusent des chants de cigales, des bruits d’eau, qui deviennent à la longue franchement pénibles, d’autant plus que le volume n’est pas bien maîtrisé. Mais à part ça, la nourriture est très bonne, et le prix moyen (autour des 16 euros le menu de midi entrée+plat).
Perpendiculairement, la rue Mabillon est riche en restaurants chics ou bourgeois.

| 14.08.2005

Pas fantastique, fantastique

A signaler, dans le Marais, une boutique bien fournie de jeunes créateurs. Des vêtements amples, légers, comme on en voit sur les femmes tendance artistique - nouveau baba-cool, à la rue de la Verrerie.

Nous sommes allé voir les 4 fantastiques à l’UGC Forum des Halles. Le film en lui-même n’a aucun intérêt. A part quelques idées de gags et une belle idée touchante (la Chose qui ne parvient pas à ramasser la bague de fiançailles jetée par son ex… fiancée, à cause de ses doigts trop gros), les scénaristes on vraiment fait preuve de paresse, et le réalisateur est inexistant. Les personnages des 4 fantastiques ne sont pas traditionnellement des héros torturés comme Spiderman, les X-Men ou Batman. Le film est fidèle à l’atmosphère adolescente et magique du comics. Ca n’apporte rien d’intéressant. Les scénaristes finissent par se concentrer sur le personnage qui leur paraissait, à juste titre, le plus intéressant: The Thing, mais dans ce cas également la tentative est baclée. Ben a perdu son humanité sociale le jour où il s’est transformé. Il est devenu un monstre, et le regard des autres ne lui apporte plus que de la souffrance. Bien entendu, celle qui le verra réellement est une aveugle - c’est du convenu. Il y a une dialectique - qu’on a vue plus poussée dans Spiderman - du choix entre la normalité et les pouvoirs. Comme dans Spiderman 2, Ben fait finalement le choix de la puissance qui lui permettra de sauver ses amis. Il se rend compte des deux côtés de la pièce lors de la première scène d’utilisation des pouvoirs: tout le monde le fuit, et lui s’acharne à tenter de sauver la vie d’un suicidaire. Il provoque lui-même un grand accident (les spectateurs adolescents aiment les carambolages à New York), et découvre comment sa force lui permet d’exprimer son humanité d’une façon différente. Il devient aimé pour d’autres raisons. Il devient adulé même parfois. Peur et fascination. Comme dans Spiderman 2, le risque évident de la solitude est évité, grâce la femme aveugle, une facilité de happy-end qui annule la dialectique du choix. The Thing s’est asumé, fin des problèmes.

L’UGC Forum des halles est un cinéma désespérant, est-ce même un cinéma ? Misère du multiplexe où de jeunes hôtesses en uniforme vous guident dans le labyrinthe des petites salles aseptisées. Elles ont l’air perdue dans leur fonction déprimante. Cette première expérience m’a suffi.

Un peu plus tard, Mk2 Rambuteau, Eté précoce, d’Ozu. Je ne l’avais jamais vu. Emerveillant, comme d’habitude. Grande surprise: un travelling vertical, à la grue certainement. Qu’est-ce qu’il lui a pris ? Les années cinquante ressemblent dans l’oeuvre d’Ozu à un moment de découverte de la technologie, comme s’il s’essayait à utiliser des moyens d’expression cinématographiques moins rigoureux, pour essayer de les mettre au service de son propos. On voit dans Eté précode ces légers travelling avant, arrière, latéraux en début et fin de séquence, pratique qu’il a systématisé dans Le Goût du Riz au Thé vert. Cela me fait un peu penser à The Searchers, qui est dans l’oeuvre de Ford comme une démonstration de sa capacité à faire un cinéma un peu voyant, plus impressionnant dans le sens du langage cinématographique. Il me semble qu’Ozu est revenu dans les années soixante à la pureté qui lui permettait d’exprimer son propos avec la plus grande finesse.
Dans Eté préoce, il y a des sentiments et de l’émotion, plus exacerbée qu’à l’habitude. Il y a même parfois une certaine rapidité. Des gags, un personnage masculin qui rit à pleine gorge, un scénario un peu plus dynamique.
Toujours le même contraste entre le traditionnel et le moderne (dans le Goût du Riz au Thé vert, c’est entre l’éducation rurale et la bourgeoisie urbaine), qui amène cette scène très courante chez Ozu: la femme d’un certain âge qui rend une visite en kimono dans un bureau de Tokyo où tout le monde est vêtu en costumes et tailleurs occidentaux.

| 13.08.2005

En passant par Tolbiac

A la recherche de meubles pour optimiser l’occupation de notre petit appartement, nous partons à la recherche de magasins de meubles à des prix correspondant à notre condition prolétaire. Ma première destination est l’Espace Loggia, dont le showroom est à la rue du Bac, dans le 7e. La rue du bac croise la rue de Varenne, dans laquelle se situe l’Hôtel Matignon. En ce mois d’août, de toute manière, tous les ministres sont certainement en vacances. Pas trop de risque, vue la température cet été, que quelques uns doivent revenir précipitamment pour s’expliquer sur les effets de la canicule. L’Espace Loggia est bien là, mais comme beaucoup de commerces dans cette rue, il est fermé pour vacances annuelles. Paris est sinistré en août.
En redescendant la rue pour rejoindre le métro Sèvres-Babylone, nous croisons quelques boutiques, dont le charmant Du Bout du Monde (100 rue du Bac), magasin de meubles assez classieux, mais beau (et cher bien sûr, mais pour de la qualité), dans lequel nous voyons une très belle armoire de cuisine en beau bois massif noir, avec sur le bas des croisillons pour y maintenir des bouteilles. Très beau mais pour l’instant pas très utile dans notre minuscule cuisine.
Un peu plus bas, nous croisons le Conran Shop, 117 rue du Bac. Bon, d’accord, le design, la petite décoration d’intérieur, ce n’est pas forcément ma tasse de thé. Je suis entré dans le magasin parce que je me souvenais que Mondaine, le fabricant de montres suisses à l’affichage des horloges des CFF (nostalgie…), le liste comme magasin vendant ses montres à Paris. Malgré le caractère totalement superflu et le culte du gadget que génère ce genre d’approche, il faut admettre que c’est un magasin qui a de la classe. Son organisation est claire, avec une belle disposition de lampes sphériques au centre de l’étage. J’ai l’impression qu’on ne se fout pas totalement de notre gueule quand même. Peut-être une nouvelle “tendance” qui veut s’adresser aux plus bourgeois comme aux gens normaux. Je n’y connais rien. En attendant le sieur Conran me semble un commerçant intelligent.
En approchant de la bouche de métro, nous nous arrêtons au Babylone pour déjeûner. Une brasserie aux prix raisonnables pour Paris, et à la nourriture délicieuse. Je prends une salade de pâtes aux fruits de mer qui se révèle très goûteuse.

Direction rue de Tolbiac. Le but est d’y trouver un petit commerce qui s’appelle les Mille Trésors, dont j’ai parcouru le site web et que je veux juste visiter. Sur la ligne 6, descente à Corvisart. La première rue n’est pas très attrayante, mais en prenant la rue du Moulin des Prés, nous découvrons un quartier lumnieux, fleuri, regorgeant de petites impasses pavées, de petits jardins intérieurs, avec quelques petites places qui lui donnent un air de village. Cela me fair un peu penser au vieux Carouge à Genève, dans cette impression de village dans la ville.
La rue de Tolbiac sent l’approche du quartier chinois: plusieurs commerces chinois populaires y sont situés. En passant devant la métro Toliac, nous faisons un saut chez Pier Import dont le style branlottant et pas cher permet de temps en temps de dépanner. Plus loin, un grand dépot d’ojets chinois (principalement de la vaisselle), fait ma joie. Je retrouve cette ambiance de Shanghai qui me manque. Je prends deux ou trois objets (tasses en fontes, bols, …) qui sont tous à de très petits prix. Là c’est vraiment la Chine, avec un couple très gentils qui m’emballe soigneusement des bols à un euro. Ca s’appelle Chinaco, 127-129 rue de Tolbiac, et j’adore ça.
De l’autre côté de la rue, un petit magasin de vêtements appelé Shanghai tenu par un vieux chinois dont nous comprenons à peine le français, et qui nous offre plusieurs fois des bonbons, propose, outre les universelles robes de soie, des ensembles de Tai Chi à petit prix. Très agréable également.

Enfin, vers la fin de la journée, nous essayons de passer dans une boutique de vêtements et objets tibétains qui s’appelle Davatsang, au 15-17 de la rue de Turenne, dans le 4e. Malheureusement, mois d’août encore, il est fermé. Mais juste à côté s’est ouvert une boutique d’objets népalais, très jolie, avec de petites choses d’artisanat népalais, du thé, de l’encens de méditation, … et un joli sourire népalais au fond de la boutique.

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Tous les textes originaux : © Rudi Bruchez aux dates de publication