Everyday Life Project

| 30.10.2005

Repliques

Comme régulièrement, j’écoutais l’émission Répliques d’Alain Finkelkraut sur France Culture. L’émission de la semaine était consacrée au Livre Noir de la Psychanalyse, et à la vague récente de critiques de la psychanalyse, notamment en ce qui concerne l’efficacité de la cure. Tout en écrivant ce mot, je m’amuse: qui parle de cure psychanalytique ? Cure veut dire (Robert Culturel) “traitement médical d’une certaine durée”. D’une certaine durée, certes. Néanmoins on parle bien de traitement. Certains psychanalystes nient l’évaluation de la psychanalyse basée sur des critères d’efficacité, et affirment que l’analyse n’a pas pour vocation de guérir, mais - si je ne trahis pas leur pensée - d’aider leurs clients à mieux se connaître, voire mieux vivre avec leurs névroses. L’amélioration viendrait comme un corollaire heureux de l’analyse. Sont-ce les mêmes qui parlent de cure ?

Peut importe. Finkelkraut, pour une fois, laisse un peu parler ses invités, et semble comiquement complètement à côté de la plaque. Essayant de replacer le débat sur un terrain à l’abstraction vertigineuse, cherchant - entre ses coutumières citations multiformes - à questionner ses invités sur l’évolution ou la crise (qu’était-ce ?) de la dimension symbolique du travail psychanalytique, il est débordé par un discours pratique, concret, qui fait plaisir à voir. Dans cette émission, les rôles étaient un peu inversés. Le psychanalyste invité, Juan David Nasio, décrivait son travail qui semble ne respecter aucune des règles de la psychanalytique orthodoxe, en restant sur le terrain du pratique: recevant plusieurs membres d’une famille en même temps, accompagnant un enfant à l’école, donnant activement des conseils. Le défenseur des TCC, un coauteur du Livre Noir de la Psychanalyse, Jean Cottraux, se retrouvant en face d’un poisson pour le moins glissant, faisait à ses dépends figure d’idéologue amer. Intéressante perspective, paradoxes médiatiques. Une rencontre en tout cas entre deux hommes grâce à l’heureux déplacement orbital des obscurités de Finkelkraut.
Il est appréciable que la discussion reste au niveau des expériences personnelles. La théorie a à faire avec le travail psychothérapeutique jusqu’à un certain point. C’est un travail humain qui gagne à être abordé de façon simple. Quand Cottraux dit à Nasio que ce qu’il dit de son travail est une description de TCC, et donc qu’il fait des TCC en appelant cela de la psychanalyse, il a raison. Et Nasio dit à Cottraux qu’il fait de la psychanalyse sans le savoir, peut-être a-t-il raison aussi. Si oui, les psychanalystes humains existent ?

| 18.10.2005

Les Frères Grimm

Il y a des cinéastes qui font toujours le même film, aussi bien en surface qu’en profondeur, souvent ce sont ceux auquels nous sommes le plus attachés. Terry Gilliam a commencé à faire un cinéma à cheval entre Méliès et Paul Verhoeven, un cinéma de subversion enfantine, avec Time Bandits et Les Aventures du Baron de Munchausen. Brazil poussait la subversion dans la politique et, finalement, dans le réel lui-même, ce réel qui est toujours en un sens un fantasme. Le Roi Pêcheur, l’Armée des Douze Singes avançaient dans ce sens, en perdant totalement l’enfance, comme si Terry Gilliam, au contact d’un système américain faisant figure de parent violent, s’était senti obligé de grandir d’un coup. Mais on ne grandit pas d’un coup sans y laisser quelque chose. L’Armée des Douze Singes est un film un peu intéressant, du moment qu’on oublie qu’il est réalisé par Terry Gilliam.

Les Frères Grimm est le retour de Terry Gilliam à l’enfance. A cette enfance adulte qui me ravissait dans Time Bandits et Munchausen. Mais que s’est-il passé entre temps ? Peut-être Terry Gilliam est-il plus un homme d’image qu’un cinéaste, plus un colleur qu’on conteur, et peut-être, c’est en tout cas l’impression que me donne fortement Les Frères Grimm, Terry Gilliam est-il un homme qui manque de patience. Peut-être est-ce un mauvais procès, peut-être n’y est-il pour rien, et est-il maudit par les contraintes du système, dans lesquelles il n’arrive pas à vivre heureux, peut-être Les Frères Grimm est-il un film massacré comme l’a été La Splendeur des Amberson (toutes proportion gardée), toujours est-il que j’y ai ressenti, malgré mon plaisir de retrouver Gilliam, comme une longue frustration. Une frustration de l’espace, une frustration du récit, une frustration des personnages, une frustration des potentialités de cette histoire. Le temps y est horriblement saccadé et chaque personnage, chaque scène, chaque idée y est précipité, comme si Terry Gilliam avait profité de cette opportunité de faire enfin un film libérateur, pour tout y mettre, pour y serrer toutes les histoires, toutes les idées, dans une malle prête à exploser, et pour tout y faire tenir, avait dû couper tous les plans trop vite, accélérer toutes les actions, ne prendre le temps de rien.

Tout au long des Frères Grimm, on a à peine le temps de commencer à rire, à peine le temps d’être émerveillé, à peine le temps de voir, qu’on est déjà sollicité ailleurs. On a en permanence l’impression qu’il n’a été guardé que la moitié des plans. Rien ne nous est donné de l’espace, des gens. Dans la première partie du film, il n’y a pas une séquence qui ait un début, un milieu et une fin. Le récit commence à l’arrivée au village bordant la forêt maudite, tout ce qui se passe avant nous donne l’impression d’une bande-annonce. Cette perte de maîtrise gâche la puissance et le merveilleux du film. Le reste est plus rond, plus abouti, et par paradoxe malheureusement plus commun, mais au moins les choses se développent, on peut commencer parfois à aimer les personnages, parfois à être ému, parfois à rire - car on ne rit que des choses qu’on a le temps de connaître. Heureusement que cette deuxième partie est plus dans le rythme humain.

| 02.10.2005

Collision

Vu Collision (Crash) en fin d’après-midi. Il s’agit du premier film de Paul Haggis, scénariste d’origine canadienne, qui a une longue carrière à la télévision et un peu au cinéma (on vend sur l’affiche le fait qu’il est scénariste de Million Dollar Baby). Haggis commence aux alentours de 1975 à écrire pour des séries télévisées (par exemple pour The Love Boat : La croisière s’amuse). En 1990 il commence à produire (producteur exécutif sur un certain nombre séries et sitcoms). Il est co-créateur de Walker, Texas Ranger, qui m’a toujours semblé une chose peu digne d’intérêt, mais je commence à me poser des questions, ayant vu récemment que J. Michael Straczynski a également écrit pour la série.
Bref, c’est un auteur qui a trente ans d’expérience d’écriture, et cela se voit. Il a déjà réalisé un certain nombre d’épisodes de ses séries, et cela se sent également. Haggis n’est pas un grand styliste de la réalisation, mais au moins il ne dépasse pas les bornes du nécessaire, et à part quelques rares moments, la réalisation ne vient pas se mettre en travers du sujet.
On sent chez Haggis l’âge et l’expérience, sa parfaite maîtrise du rythme et de la construction de l’histoire. Collision est très prenant, très juste et peu charitable envers les mythes lisses du cinéma. C’est aussi une qualité qu’on acquiert en écrivant beaucoup pour la télévision: la masse de sujets, de subplots (trames secondaires), de personnages à suivre et à affiner, rapproche l’auteur des problèmes concrets de la vie quotidienne.
Haggis construit parfaitement son histoire, nous donne la représentation la plus juste possible de ses personnages, les fait tous vivre dans le peu de temps qu’il se donne, nous touche, et peut-être nous essoufle-t-il sur la fin. Il nous semble assister à une suite de ce que les scénaristes américains appellent des moments, ces expériences intenses que vivent un personnage et qui le mettent en face de lui-même, illustrent qui il est, le change peut-être. Une accumulation de moments.
Le choix d’une narration qui présente une multitude de destins parallèles et croisés apporte évidemment ses contraintes, dont celle de ne pas avoir l’occasion de découvrir plus avant les personnages. Haggis les prend dans une unité de temps courte et les lance dans des trajectoires rapides, en arrangeant parfois des ellipses. Mais le propos est juste, et dans ce cadre, le film est sincère et nous touche.

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Les Temps du Corps

J’ai commencé il y a trois semaines des cours de Qi Gong et de Tai Ji, dans un lieu proche de mon travail, dans le 10e, qui s’appelle les Temps du Corps. Il s’agit d’un centre de culture chinoise, crée par un thérapeute français et une chinoise, et qui est un lieu très sympathique, aux enseignants particulièrement compétents, qu’ils soient chinois ou français.

Qu’est ce que sont le Qi Gong et le Tai Ji. Le Qi Gong (littéralement “travail de l’énergie, du souffle”) est une forme de gymnastique chinoise, faisant partie comme le massage de la médecine chinoise, dont le but est d’unifier le corps, l’esprit et l’énergie (le Qi) par une pratique lente qui va permettre en tout cas une meilleure circulation du Qi, et une meilleure irrigation des méridiens.

Le Tai Ji Quan est une forme d’art martial qui a évolué vers une technique destinée à travailler sur soi plus qu’une méthode de combat. A ce titre, on l’appelle boxe interne. Elle fait partie des arts martiaux internes (on entend souvent le mot Nei, “interne”). Les mouvements appris sont des mouvements d’art martiaux, mais leur finalité est le travail intérieur. Il y a plusieurs styles. J’ai commencé le style yang, qui est un style très doux, très orienté vers le travail du Qi.

Afin de trouver des chaussons chinois adaptés, j’ai cherché des magasins. Je suis allé voir le Budo Store. Le magasin est sympathique, dans une belle cour intérieure de la rue montagne sainte-geneviève. On y trouve beaucoup de choses. La vendeuse était particulièrement désagréable, et ça refroidit un peu.

Autres adresses non testées:
judogi
103, bd beaumarchais, 75003
metro : chemin vert
ouvert du lundi au samedi de 9h30 à19h

matsuru-sedirep “ichiban”
220, rue saint-jacques, 75005
ouvert du mardi au samedi de 10h à 13h et de 14h30 à 18h30

kabuto
56, rue des martyrs, 75009
metro : pigalle
ouvert du lundi au samedi de 10h à 19h30

Trouvé aussi un éditeur intéressant de livres sur le sujet : Budo.

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Tous les textes originaux : © Rudi Bruchez aux dates de publication