Repliques
Comme régulièrement, j’écoutais l’émission Répliques d’Alain Finkelkraut sur France Culture. L’émission de la semaine était consacrée au Livre Noir de la Psychanalyse, et à la vague récente de critiques de la psychanalyse, notamment en ce qui concerne l’efficacité de la cure. Tout en écrivant ce mot, je m’amuse: qui parle de cure psychanalytique ? Cure veut dire (Robert Culturel) “traitement médical d’une certaine durée”. D’une certaine durée, certes. Néanmoins on parle bien de traitement. Certains psychanalystes nient l’évaluation de la psychanalyse basée sur des critères d’efficacité, et affirment que l’analyse n’a pas pour vocation de guérir, mais - si je ne trahis pas leur pensée - d’aider leurs clients à mieux se connaître, voire mieux vivre avec leurs névroses. L’amélioration viendrait comme un corollaire heureux de l’analyse. Sont-ce les mêmes qui parlent de cure ?
Peut importe. Finkelkraut, pour une fois, laisse un peu parler ses invités, et semble comiquement complètement à côté de la plaque. Essayant de replacer le débat sur un terrain à l’abstraction vertigineuse, cherchant - entre ses coutumières citations multiformes - à questionner ses invités sur l’évolution ou la crise (qu’était-ce ?) de la dimension symbolique du travail psychanalytique, il est débordé par un discours pratique, concret, qui fait plaisir à voir. Dans cette émission, les rôles étaient un peu inversés. Le psychanalyste invité, Juan David Nasio, décrivait son travail qui semble ne respecter aucune des règles de la psychanalytique orthodoxe, en restant sur le terrain du pratique: recevant plusieurs membres d’une famille en même temps, accompagnant un enfant à l’école, donnant activement des conseils. Le défenseur des TCC, un coauteur du Livre Noir de la Psychanalyse, Jean Cottraux, se retrouvant en face d’un poisson pour le moins glissant, faisait à ses dépends figure d’idéologue amer. Intéressante perspective, paradoxes médiatiques. Une rencontre en tout cas entre deux hommes grâce à l’heureux déplacement orbital des obscurités de Finkelkraut.
Il est appréciable que la discussion reste au niveau des expériences personnelles. La théorie a à faire avec le travail psychothérapeutique jusqu’à un certain point. C’est un travail humain qui gagne à être abordé de façon simple. Quand Cottraux dit à Nasio que ce qu’il dit de son travail est une description de TCC, et donc qu’il fait des TCC en appelant cela de la psychanalyse, il a raison. Et Nasio dit à Cottraux qu’il fait de la psychanalyse sans le savoir, peut-être a-t-il raison aussi. Si oui, les psychanalystes humains existent ?