Everyday Life Project

| 25.08.2006

Selon Charlie

Selon Charlie, de Nicole Garcia, un film mosaïque dans la lignée de ces longs métrages où les trajectoires parallèles se croisent, ou pas. Altman, Sautet, les comparaisons ont déjà été faites, éventuellement Crash tenait sur le même procédé narratif.
Ce qu’il y a de vraiment réussi dans Selon Charlie, c’est l’attention que le film nous permet de développer sur les petits détails : les extrêmes bords de l’écran, à gauche ou à droite, les couleurs, les morceaux d’objets qui dépassent du cadre, les formes floues, fugaces, qui attirent le regard et hypnotisent, endorment la conscience à la longue.
Selon Charlie nous rend également attentif aux lumières ténues extérieures au cadre, notamment le petit signe de sortie de secours, blafard, inamovible, dont tous les détails deviennent alternativement intéressants et ennuyeux. Les lettres Défense de Fumer, en-dessous de l’écran, rendues parfois visibles par la clarté des images projetées, permettent également de bons moments de réflexion.
En résumé, allez voir Selon Charlie si vous avez des problèmes avec votre attention quotidienne aux objets qui vous entourent, et votre inscription dans la réalité tangible.

| 12.08.2006

En Suisse

Retour en Suisse pour une semaine de randonnées. Je la redécouvre pleinement lorsque je demande un abonnement pour quelques jours au guichet des CFF (chemins de fer). L’employé, très appliqué, répète à haute voix consciencieusement tous les détails de l’abonnement. La Suisse est ainsi: réfléchie et consciencieuse.

Parce que je vis maintenant hors de Suisse, lorsque j’y reviens les éléments que je ressentais auparavant confusément me paraissent plus frappants. Je ressens plus clairement cet esprit de conformisme qui semble rendre l’innovation et l’expression de soi, la différence, plus difficiles. J’ai ressenti ça au restaurant hier soir. Dans l’attitude, dans le discours, le choix des mots, dans une attitude qui semble à la fois plus obscure, moins décryptable et à la fois plus univoque. Comme si nous suisses nous empruntions des voies mentales aussi propres et soigneusement entretenues que nos trottoirs, mais dont, toutefois, la logique nous échappe même à nous-mêmes.

Il y a réellement pour moi un mystère suisse, quelque chose qui se dérobe à mes tentatives de compréhension. Peut-être est-ce hors de ma configuration mentale. Cela se glisse entre la perception des sens et les impressions à peine conscientes, les intuitions fugaces. Cela revient à tout instant. Il suffit par exemple que, de la fenêtre du train, je voie une file d’automobiles attendre à un feu rouge dans le paysage plat de la rase campagne; ou en retrouvant la simplicité linéaire de nos gares, le confort efficace de nos trains…

Dans cette perception de la Suisse se glisse pour moi l’appel de la montagne, un appel de liberté et d’incréé, qui est peut-être aussi un aspect du caractère suisse, et c’est comme un oxymore vivant. Il y a aussi en Suisse quelque chose de très peu travaillé, de non raffiné. C’est aussi un pays de recettes simples, de placidité concrète, un pays de la matière.

“On écrit quelque chose de simple, pas besoin de chercher”, dit cette femme à son enfant dans le train, en lui apprenant ensuite à faire le R majuscule.

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Tous les textes originaux : © Rudi Bruchez aux dates de publication