Quelques mots sur Michael Mann
Après Miami Vice il y a quelque temps (j’en ai touché un mot dans ce blog), j’ai eu l’occasion de voir hier Collateral. Cela enrichit mon sentiment sur Michael Mann. Un sentiment plus agréable qui me rappelle des prises de conscience esthétiques comme lors de ma première vision d’un film de Pedro Almodovar (peut-être Tout sur ma Mère ?) : l’impression tenace d’avoir affaire à un cinéaste, de vérifier que le cinéma existe, que le mot recouvre bien quelque chose de réel, qu’il y a un art qui s’exprime à travers ces images et ces sons en mouvement, que les mots et la réduction aux éléments (moraux, narratifs, esthétiques) n’y suffiront pas, qu’il y a encore quelque chose qui transcende cette “stratégie de la perception”, que la définition sémiologique du cinéma ne remplit pas complètement le champ. Bref que le Cinéma est toujours possible.
Il est amusant de voir que ce Cinéma nous vient par des voies assez improbables : Almodovar dans la provocation magnifiée par le classicisme superbe de la mise en scène, Michael Mann par la longue pratique de la série télévisée, réel lieu de création, comme producteur et scénariste principalement (Starsky et Hutch, Miami Vice bien sûr).
Est-ce la lumière, est-ce le temps, est-ce le cadrage, la fluidité du mouvement ? Il y a chez Mann la mélancolie, l’attente, la défocalisation du regard; pour prendre un mot qui ne veut pas dire grand chose: une minéralité. L’indicible de l’homme et du sentiment à travers le matériau même du cinéma. Rien à voir avec la puérilité des mouvements d’appareil à la grue qui transforment les films en numéros de cirque.
S’il y a une chose ennuyeuse chez Mann, c’est le casting, mais même ça sans doute participe de la beauté de son film. Comme un Hitchcock renversé : l’acteur reste un acteur, mais chez Hitchcock c’est au service d’une mécanique, alors que la mécanique est le dernier intérêt de Mann.
A ce titre, et je vais en faire rire plus d’un, je préfère Miami Vice à Collateral. Collateral est l’exemple d’un scénario intéressant, construit de façon professionnelle, avec toute la technicité et l’intelligence du scénariste américain (on pense parfois à Crash), qui fait qu’on ne s’ennuie pas une minute. Dans Miami Vice, scénarisé par Mann, durant de longs passages on se demande vraiment ce qui se passe, on s’ennuie, on s’impatiente, ça ne rime à rien. Tout Mann est dans le mouvement, dans l’avancée, dans le parcours de l’espace, dans l’approche, aussi dans des poses et des arrêts, dans la question silencieuse des hommes, bref dans des choses qui n’ont pas de rapport avec la technique de la narration, et qui transparaissent dans ses creux. Tous les moments d’ennui, ou les préparations d’action, sont des opportunités pour que se réveille le cinéma de Mann.
Le dernier numéro de la Revue du Cinéma revient sur Miami Vice sur plusieurs pages, ce qui représente à ma connaissance la contribution la plus complète d’un magazine français sur le sujet (je ne sais pas quelle place a accordé les Inrockuptibles au film, considérant le fait que Jean-Marc Lalanne est rédacteur en chef).