Everyday Life Project

| 22.06.2004

Dubrovnik

Belle journée. Comme un beau film. Un film est beau souvent parce qu’il finit bien. Un film est mauvais s’il commence bien et qu’on sort du cinéma accablé par sa fin. Les dernières notes donnent le ton du morceau.
Arrivée dans l’après-midi à Dubrovnik. Minibus organisé par l’agence de voyage qui gère le séminaire. Je me retrouve avec un autre participant, venant de Belgique. Peu motivé à me retrouver seul à manger le soir, je lui demande d’une façon maladroite ce qu’il fait ce soir. Je vois à son expression que sur l’instant, il se pose la question de mon orientation sexuelle. J’ai le sentiment d’avoir merdé sur ce coup-là.
J’en viens donc à me poser les questions de base sur mon aptitude à initier des relations sociales. Je reste une heure à mon hôtel, me morfondant, puis, vers les 16:00, je sors. Je découvre une ville magnifique, mélangeant une architecture somptueuse, une familiarité méditerranéenne, une tranquilité, une atmosphère et un plaisir de vivre étonnants. Une ville à la fois propre, vivante (des antithèses pour moi qui suis suisse avec un peu de sang italien), et dans son essence profondément romantique. Des arbustes odorants, une mer aux couleurs profondes, des ruelles italiennes… une sorte de rêve des amoureux. Assis pendant deux heures à une terrasse, je me délecte de belles femmes, de couples d’amoureux, de visages touchants. Un peu résigné à retourner à l’hôtel parce qu’il est bien tôt pour manger et que je commence à enculer les mouches (j’essaierai les restaurants de la vieille ville un autre soir), je vois sur la terrasse en face une jeune femme ma foi assez jolie lisant sans grande passion un pavé qu’elle abandonne des yeux toutes les minutes. Après une éternité d’hésitation, je paie, me lève et vais l’aborder. Des choses très simples, rien de la chevalerie masculine des héros de série TV, je n’ai pas reçu leur aisance naturelle de mon scénariste à moi. Ou plutôt, ce sont les femmes suisses, me semble-t-il, qui n’ont pas reçu l’esprit des répliques idéales des scénaristes qui séduisent par procuration. Peu importe, le message était plus de manger ensemble que de croquer la pomme. Elle se révèle merveilleusement réceptive à mon approche timide, et nous voici bavardant en dînant. Elle est anglaise, officier dans l’armée de sa Majesté, stationnée en Bosnie. La conversation, donc, outre son charme intrinsèque, se révèle doublement intéressante. Elle est tombée amoureuse de Dubrovnik et cherche à acheter une maison dans les alentours.
A la fin me voici donc léger, ayant passé une soirée charmante avec une femme merveilleuse, et ayant été prouvé heureux dans mon approche déconstipée des relations sociales. Alleluia. Troquons Genève pour Dubrovnik.

| 19.06.2004

Embracing the Beloved

Je ne voulais pas vraiment écrire sur cette femme, dans le train, avec qui j’ai partagé une heure de voyage et finalement, quelques minutes de conversation. Je ne voulais pas parce que j’ai déjà écrit cela plusieurs fois. Déjà des femmes dans le train, déjà des trajectoires courtes, fascinantes, touchantes, nostalgiques. Mais après quelques jours, je m’aperçois que je pense encore à elle, que cette émotion vive, qui m’avait pour un instant submergé, laisse des traces. Elle m’avait simplement dit alors que je me levais pour descendre et qu’elle restait pour une destination suivante, “à bientôt peut-être dans le train”, et je regarde sur le quai, maintenant, si je devine sa silhouette.
Dès qu’elle s’est assise je me suis senti très très attiré. Une facilité à parler, une apparence simple, naturelle, ce qui apparaissait sur sa peau était le mélange idéal de la beauté: tout, de la peau elle-même, de la minceur, des couleurs, du souffle, de l’intérieur, de l’énergie, de l’authentique, dans une vibration harmonieuse.
Elle lisait un livre certainement à tendance new age, au titre attirant : “Embracing the Beloved: Relationship As a Path of Awakening”. Je lisais un livre sur Milton Erickson. Mais ma pensée était avec elle, dans ses gestes, sur son torse, près de son visage. C’était pour moi comme un choc énergétique, un éveil - comme le titre du livre - à une intensité particulière. Ce que, si j’étais moins bavard, j’appellerais mon genre de fille. Il y avait déjà entre nous, sans nous être parlé, cet attrait, cette confiance, ce repos, cette complicité des couples. C’était là, lumineux et évident. Elle était mobile, sans limites, sans contraction intérieure, on la sentait mue par une recherche sincère, et pas par une fuite douloureuse. Je lui ai finalement demandé si je pouvais jeter un oeil sur son livre, nous avans échangé quelques mots. Voir son visage, son sourire était comme retourner sur le lieu de ses vacances d’enfant, ou veiller sur un bébé qui s’endort. Tout était nouveau dans le monde, tout avait un sens différent, rafraîchi.

J’ai commandé ce livre. C’est la moindre des choses que je puisse faire.

| 09.03.2004

Jacqueline

En rentrant chez moi ce soir, je vois sur le bloc de boîtes au lettres une enveloppe déposée par le facteur, qui n’a trouvé le nom du destinataire sur aucune étiquette. Ce nom, sur l’adresse, a fait revivre en moi une grappe de souvenirs qui s’étaient effacés. La vie est faite de plages, un disque qui passe de chanson à chanson. L’une remplace l’autre. Quelques minutes auparavant, la mélodie était toute différente, on en a encore un vague souvenir mais la nouvelle musique la remplace et bientôt elle a disparu de notre mémoire. Ces morceaux qui ne durent que quelques minutes.
Ainsi, à l’emplacement de l’adresse du destinataire était inscrit le nom de Jacqueline. Elle était sortie de ma mémoire. Elle habitait au-dessus de chez moi, je la voyais passer, rarement, dans la cage d’escaliers. Parfois, en respirant un reste de son parfum, je savais qu’elle avait passé quelques minutes auparavant.
Car elle se parfumait avec insistance. C’était une fille d’une beauté entêtante, douce et féminine comme une porcelaine fine. Propre, soignée, coiffée, ouatée, délicate et vivante. Touchante, en un mot. Elle éveillait mon désir et ma tendresse. Je l’avais trouvée un jour sur le rez, prête à monter je ne sais plus quel meuble. Je l’avais porté. Elle m’avait amené, le lendemain, une bouteille de vin blanc pour me remercier. Quelque temps plus tard, j’avais parlé un peu avec elle, elle était venu prendre un verre avec sa soeur dans une soirée où je travaillais.
Après quelque temps, timidement, non sans avoir hésité plusieurs jours, j’avais déposé dans sa boîte aux lettres un petit mot, une invitation, quelque chose de ce genre. Des semaines plus tard, en me croisant dans les escaliers, elle m’avait simplement dit quelque chose comme une phrase non terminée dont la signification ressemblait à “tu comprends…”
Bien sûr que je comprenais, rien n’était plus facile à comprendre. Elle devait en avoir l’habitude, de toute manière. Je sentais toujours son parfum dans les escaliers. Un jour, il y a peut-être quatre ans, elle a déménagé. Je l’avais vue une fois ou deux juste avant avec un homme grand, beau, de ceux qu’on engage dans les boutiques où l’on vous vend des costumes avec gilet. Depuis lors, beaucoup de gens sont allés et venus dans cet immeuble.
Toute cette masse de souvenirs disparus…

| 08.03.2003

mais presque

Pas mal de gens qui bougent. J’aime la jeune fille un peu ailleurs, habillée d’un chemisier rouge en manches à froufrou. Elle a ses courses à ses pieds : de l’eau minérale, des céréales, des yaourts. Elle lit Elle, ses ongles sont peints en rose. Elle a les chaussures noires fermées à talon qui distinguent toutes les femmes de ce train. Elle m’est sympathique.
A côté, un couple raconte comment ils se sont endormis au dernier film de Chabrol. “Pas un navet, mais presque.” Il ne s’y passe rien, le meurtre n’est pas élucidé, on discute du passé des personnages. Elle, rien ne l’a vraiment fait rire, donc elle n’est pas entrée dedans.
Pauvre Chabrol. Ils m’ont vraiment décidé à aller le voir. Je n’avais pas remarqué qu’il y avait un film de Chabrol en salle.
J’ai vraiment droit à une séance de critique cinématographique de contenu. D’autres films, un panorama. Quelques allusions en passant à la PNL, ils doivent suivre des cours.
Le train du vendredi est un train particulier, souvent désagréable, parfois même oppressant.
Ils sont descendus. Je me retrouve presque seul avec la jeune fille en rouge. Voilà qui est plus agréable et reposant. Elle a des petites breloques au bras. Tout est calme et le soleil se couche.

J’adore cette façon de balayer les imperfections sur sa veste, par des petits mouvements de la main, vifs et négligents.

| 07.03.2003

petit déjeûner

je prends le train plus tard, ce n’est pas de la routine aujourd’hui.
J’ai la chance d’avoir en face de moi une jeune fille charmante, habillées austère, comme à l’habitude dans le coin. Elle grignote son petit déjeuner: de la tresse au beurre avec une branche de chocolat. Cela me fascine qu’on puisse considérer ça comme un petit déjeuner. Elle lit un magazine féminin livré avec les journaux du dimanche… bien qu’on soit vendredi. Comprenne qui pourra.
Il y a une activité intéressante, mais la plupart du temps difficile : c’est celle de leur donner - enfin, de deviner - un prénom, et d’imaginer où elle travaille.
Deviner un prénom implique une idée hallucinatoire qu’il y a relation naturelle ou nécessaire entre l’impression provoquée par une femme, et son nom. C’est une idée romantique et poétique. En poésie, avait dit Jacobson, il y a un lien nécessaire, non purement conventionnel, entre le signifiant et le signifié.
La seconde est un travail d’investigation, se basant sur des hypothèses construites sur des indices. C’est parfois plus facile, notamment lorsque la fille est en conversation. Elle livre des indices qui permettent de se forger une idée soit plus mythique, soit plus centrée. A moins bien sûr qu’elle ne livre directement son numéro de téléphone à l’assemblée, sous prétexte de permettre à son amie de l’inscrire dans la mémoire de son téléphone. Avons-nous fait glisser les règles de l’intimité sans que je m’en sois aperçu ?

| 24.01.2000

i saw this girl

Chacun de tes ongles peints de mauve, tes doigts longs et ta main anguleuse que je regarde de près. Lorsqu’elle est à moins d’un mètre de moi elle m’obsède, c’est inévitable.
Il n’y a pas de différence entre la marée intérieure et le balancement du regard. Même si je ne vois pas tes yeux derrière ton visage tourné, je sens ce qu’ils regardent. Souvent ce regard indirect est plus attirant que le vrai face à face. Ta présence est charnelle, et tout devient trajectoire dans cette promiscuité. Ne t’échappe pas de cette distance, elle n’a pour toi et moi que des avantages.

| 21.01.2000

le troisième millénaire

La douceur froide de son regard, son doigt à l’ongle peint de mauve que je sens glisser sur mon corps et qui laisse une longue trace de désir, le silence de son corps, l’abandon des temps. Je suis naufragé sur son corps. Elle n’est qu’hésitation puis qu’abîme, elle est main et découverte, elle est sûre d’elle-même, elle se laisse enfin parler. Je me souviens de mon enfance, lorsque jamais je n’avais goûté le sexe d’une femme. Lorsque mon imagination était mon harem. Qu’est-ce qui a changé maintenant ?
Son doigt est lourd et épais, son ongle a la couleur minérale des fonds marins. Elle empoigne ma peau, cette main m’aspire, me suce le tréfonds. Tout de moi lui appartient. J’avais perdu l’habitude.
Je la sais, je connais ses efforts, ses rigidités, son incompréhensible émotivité, sa naïveté sérieuse, ses gestes réfléchis comme après une convalesence. Je la serre contre moi comme pour lui donner la vie, la libération d’un oubli simple, presque végétal. Ses yeux prennent la fascination hypnotique de la pierre.
Je sais comme tout explose dans l’amour, comme la lâcheté est vive, comme les décisions sont légères. Je sais comme le sommeil est troublé, les rêves de ces premières nuits sont des limbes étranges dont les ombres savent dissimuler leur visage, comme la chaleur de son corps épousant totalement le mien est ma fièvre, mon délire.
C’est cela l’abîme, ici. Rien ne se révolte d’être vide, personne ne sait qui a repeint le mur. La lumière qui nous frôle, de l’autre côté de la pièce, est blafarde. Je ne veux plus qu’une chose : la garder contre moi, quoi qu’il y ait dans son regard.

| 08.01.2000

un regard sur toutes choses

Il m’arrive quelquefois de considérer les vies - concept entre la biologie et l’esprit - comme des astres, ou des spectres. C’est sans doute la résultante d’une longue histoire de l’imaginaire de l’humanité. Comme des flammèches sans cesse en mouvement, perdues dans une sorte de néant indéterminé, un purgatoire infini. Solitaires, elles ont leur trajectoire. Je perçois que tout leur sens est dans la rencontre.

Elle avait les yeux de son sourire, l’élégance de sa simplicité. J’étais au travail. Oh, pas le travail ordinaire de la solitude feutrée, devant la discrète boîte ventilée aux entrées/sorties mollassonnes, un travail sans labeur: j’enchaînais les disques dans un nouveau et chaleureux café d’une petite ville de chez nous. Il en est comme toujours, le plaisir se mélant à l’action, le dynamisme se découvre, et l’être en ce moment n’est en rien comparable à celui qui, silencieux et statufié, assis sur une banquette de train ou de bus, est comme extrait de l’humanité, seul à l’univers, et du regard n’est que viol microscopique, une sorte de substance de la peur de vivre. Jamais rien de ce qui se dit dans la solitude et le concept ne fera de nous des gens meilleurs.
Soudainement elle fut au bar. Cheveux noir, nez fin, vivacité simple, presque naïve, joyeuse. Vous ne vous sentez jamais fatigués de douter ? d’être raisonnable ? N’êtes-vous jamais fatigués de ne pas ressentir ? de mettre chaque vision en question, de croire en la complexité des choses ? N’avez-vous jamais ressenti le bonheur du sursaut ? Qu’étouffez-vous quotidiennement ?
Je sentais mon coeur dans ma poitrine, un air nouveau dans mes poumons. De long en long on retrouve de vif sentiment de la vie. Mes pensées étaient à elle, à tout ce qu’elle m’apportait de douceur d’être là, de sentir que la fadeur n’est pas universelle et que parfois nous sommes capables d’être emportés, d’être de soi tout entier vers quelqu’un. Est-ce encore de la vie quotidienne ?

| 01.04.1999

douceur de ton regard

C’est souvent dans le train que cela se passe. Quelle est cette magie fusionnelle du train ? Cette puissance mélancolique que le train génère, la grande imprégnation que me laissent ses rencontres ?

Elle avait environ trente-cinq ans, et la blancheur de sa peau, ses yeux bruns, fins et profonds, ses lèvres fines colorées au rose pâle - tous les signes d’une femme réfléchie et convaincue - ont décidé de mon trouble.
Très étrangement, par son attitude dont je ne saurais dire en quoi elle était différente de la coutume, elle ne me dissuadais pas de la regarder à la dérobée. Je savais simplement que je ne serais pas surpris, en faute, d’admirer sa finesse de peau, ses longs cheveux bruns, frisés, tout ce qui concourait en elle à exprimer le velours féminin.
Son sac, ses vêtements, le bracelet doré, son air distant sans jamais être ni sévère ni ennuyé: je prolongais à la limite de la conscience une réflexion que je porte en moi depuis quelque temps. Pas réellement une réflexion, on appelle ça parfois un sentiment, sur ce qui - vêtements, accessoires, bijoux, livres, dossiers, stylos, brochures, outils d’études, magazines, tout ce qui donne à un être son appartenance sociale, son abri, sa langue, son nom secret, et qui nous le rend parfois si intouchable, mystérieux, intriguant, différent, si personnel.

Je ressentais pour elle l’attirance de l’union, une attirance dont la mélancolie ne peut, encore maintenant, se détacher de moi.

| 16.03.1999

Mon souffle et ma poitrine…

Dans la Maman et la Putain, Eustache fait réciter à Jean-Pierre Léaud un dialogue entendu : “il paraît que les femmes africaines font l’amour d’une façon extraordinaire (en articulant bien les syllabes). Lorsque l’homme introduit son organe sexuel dans le vagin de la femme, il y fait une chaleur de fournaise. C’est un administrateur des colonies qui me l’a dit.”
(introduire son vagin dans l’organe sexuel de la femme)
J’ai une voisine extraordinaire (bien séparer les syllabes), une de ces femmes fascinantes à tous points de vue. Elle est parvenue à l’art suprême du charme, sans que rien n’appuie ni ne déborde, comme si elle avait toujours eu naturellement, spontanément, le goût parfait. Elle est belle comme un coeur, avec son corps merveilleusement dessiné, son nez en triangle et ses yeux rieurs. Son abondante chevelure se meut toujours souplement, et donne l’envie constante d’y passer la main. Tout en elle respire une élégance simple. Brillamment elle parvient à masquer la recherche et la coquetterie derrière une impression générale de simplicité. Elle nous donne envie de sentir son parfum, de caresser ses cheveux, de la tenir doucement dans nos bras. Elle est vivante, douce, souriante et ouverte. Elle représente un rêve de printemps.
Lorsque je la croise, nous nous sourions. Aujourd’hui elle se trouvait dans la rue, devant la porte de l’immeuble, sortant de sa voiture un immense carton. Je m’arrêtais pour lui demander si elle avait besoin d’aide. Elle portait une longue jupe coupée sur le côté qui laissait apparaître un mollet agréablement galbé. Elle sentait si bon, était si vive. Je montais ce carton avec elle, et j’avais littéralement le souffle coupé devant elle, comme si elle avait emporté tout mon esprit en un tourbillon. Elle m’a remercié. J’ai mis très longtemps à reprendre mon souffle. Le carton n’y est pour rien. Encore maintenant j’ai l’impression d’avoir la poitrine trop étroite.

Et il n’y a quelque chose qui n’existe que dans la vie, quelque chose qui signifie que le temps s’arrête, que le monde danse et chante comme s’il était de toute éternité une comédie musicale. A la seconde même où j’allais, le lendemain, placer ce texte sur le site du Everyday Life Project, je vous jure qu’à cette seconde même où j’ouvrais sur mon ordinateur ce texte que j’avais tapé ailleurs dans la journée, elle sonnait chez moi pour me remercier avec un petit cadeau. C’est en fait un grand cadeau, comme si tout était donné toujours avec une générosité cosmique, universelle et débordante.
A cette seconde même.

Mon souffle et ma poitrine…

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Tous les textes originaux : © Rudi Bruchez aux dates de publication